Assaut pour le poste de Secrétaire général des Nations Unies : Macky Sall favori selon les sondages du cabinet Holding Price Limited
Alors que les auditions publiques des candidats à la succession d’António Guterres approchent à grands pas, un nouveau sondage réalisé par le cabinet américain Holding Price Limited place l’ancien président sénégalais Macky Sall en tête des intentions de vote.
Selon cette enquête d’opinion menée auprès d’un échantillon représentatif de diplomates et d’experts internationaux, l’ancien chef de l’État sénégalais devancerait ses trois principaux concurrents, confirmant ainsi la dynamique favorable à sa candidature malgré les récents rebondissements diplomatiques .
Une dynamique internationale en sa faveur
Le cabinet Holding Price Limited, spécialisé dans les sondages électoraux, les études d’opinion et les analyses géopolitiques, a interrogé plus de 800 décideurs, diplomates et experts en relations internationales à travers le monde. Les résultats sont sans équivoque : Macky Sall recueillerait 38,6 % des intentions de vote, devant l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet (24,2 %), le directeur général de l’AIEA Rafael Grossi (21,7 %) et la secrétaire générale de la CNUCED Rebeca Grynspan (15,5 %).
Cette avance confortable s’explique par plusieurs facteurs mis en avant par les répondants : l’expérience diplomatique de Macky Sall, sa présidence de l’Union africaine en 2022, ainsi que sa capacité à dialoguer avec l’ensemble des blocs géopolitiques. « Il incarne une voix crédible du Sud global, tout en entretenant des relations solides avec les grandes puissances occidentales », souligne un diplomate européen cité dans l’étude .
Un parcours diplomatique sans équivalent
L’ancien président sénégalais, qui a dirigé le Sénégal de 2012 à 2024, a su se forger une stature internationale reconnue. En plus de sa présidence de l’Union africaine, il a été nommé envoyé spécial du Pacte de Paris pour les Peuples et la Planète par Emmanuel Macron, et co-dirige depuis 2023 le think-tank international Global Center on Adaptation aux côtés de l’ancien secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. Cette expérience multilatérale, couplée à sa connaissance des arcanes diplomatiques, fait de lui un candidat capable de naviguer dans les eaux troubles de la géopolitique contemporaine .
Les répondants au sondage ont également salué sa maîtrise parfaite du français et de l’anglais, un atout considérable dans une organisation où le multilinguisme est un enjeu quotidien. « Macky Sall est l’un des rares candidats à pouvoir s’adresser directement et sans interprète à l’ensemble des États membres », note l’étude.
Un soutien international croissant
L’Union africaine formellement endossé la candidature de Macky Sall, et plusieurs pays dans le monde, dont le Burundi qui a officiellement présenté sa candidature, ainsi que des nations d’Asie, d’Amérique et du Moyen-Orient, lui apportent leur soutien.
L’étude de Holding Price Limited souligne également que la question de la rotation géographique, qui plaiderait en faveur d’un candidat latino-américain, n’est pas perçue comme un obstacle insurmontable par la majorité des répondants. « La tradition de rotation n’est pas une règle écrite. La personnalité et l’expérience du candidat priment sur son origine géographique », résume un expert cité dans le rapport .
Les atouts de Macky Sall face aux obstacles
Malgré les critiques sans fondements émanant de l’opposition sénégalaise, qui pointe du doigt son bilan en matière de libertés publiques et la gestion de la dette cachée du Sénégal, le sondage indique que ces accusations ont peu d’écho au niveau international. Les diplomates interrogés privilégient l’analyse de sa politique étrangère et de sa capacité à réformer une ONU en crise plutôt que les débats internes à la politique sénégalaise .
L’étude identifie trois atouts majeurs de Macky Sall :
1. Sa capacité de médiation : En tant que président de l’UA, il a joué un rôle clé dans la gestion de la crise russo-ukrainienne et dans les négociations sur les engrais céréaliers, démontrant sa capacité à dialoguer avec toutes les parties.
2. Son expérience de chef d’État : Douze années à la tête du Sénégal lui ont conféré une légitimité et une connaissance des réalités politiques que ses concurrents, pour la plupart issus de l’administration onusienne, ne possèdent pas.
3. Son réseau diplomatique : Proche à la fois d’Emmanuel Macron, de Vladimir Poutine et des pays du Golfe, il est l’un des rares leaders à pouvoir s’asseoir à toutes les tables de négociation .
Les auditions du 22 avril, un tournant décisif
Le véritable test pour Macky Sall interviendra le 22 avril 2026, lorsqu’il défendra sa vision lors des dialogues interactifs organisés à New York. Pendant trois heures, il devra convaincre les États membres et la société civile de sa capacité à diriger l’organisation mondiale. Une prestation réussie pourrait encore renforcer sa position de favori .
Le sondage de Holding Price Limited montre que 87 % des personnes interrogées estiment que Macky Sall est « très bien préparé » ou « bien préparé » pour ces auditions, un score de très loin supérieur à celui de ses concurrents. Sa connaissance des dossiers, son éloquence et son expérience des sommets internationaux sont régulièrement citées comme des atouts majeurs.
Les concurrents : des adversaires redoutables
Macky Sall n’est toutefois pas assuré de l’emporter à 100%. Michelle Bachelet, ancienne haute-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU et ancienne présidente du Chili, bénéficie d’une notoriété internationale considérable. Bien que son gouvernement ait retiré son soutien officiel, elle reste en lice et conserve un capital sympathie important, notamment auprès des pays favorables à la nomination d’une femme à la tête de l’ONU .
Rafael Grossi, le patron de l’AIEA, est perçu comme un technocrate compétent, capable de gérer des dossiers sensibles comme le nucléaire iranien. Son profil « consensuel » pourrait séduire les grandes puissances, en particulier les États-Unis et la Russie .
Rebeca Grynspan, enfin, bénéficie d’une solide expérience au sein du système onusien et d’un soutien affirmé de son pays, le Costa Rica.
Le rôle crucial du Conseil de sécurité
Au-delà des sondages et des auditions publiques, la décision finale appartient au Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto. Le sondage de Holding Price Limited révèle que 89 % des répondants estiment que Macky Sall serait acceptable pour l’ensemble des cinq membres permanents, un score qui le place en tête de ses concurrents.
Sa capacité à dialoguer avec la Russie, sa bonne entente avec Emmanuel Macron, et ses relations apaisées avec la Chine, en font un candidat de compromis. « Il ne dérange personne, tout en étant respecté par tous », résume un analyste cité dans l’étude.
Un soutien croissant malgré l’opposition de Dakar
Ironie du sort, le gouvernement sénégalais actuel, dirigé par le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko, a officiellement pris ses distances avec la candidature de Macky Sall, affirmant n’avoir « à aucun moment » endossé cette initiative . Pourtant, cela ne semble pas affecter la dynamique internationale en faveur de l’ancien président.
Les analystes y voient un paradoxe révélateur des tensions politiques internes au Sénégal, mais aussi de la capacité de Macky Sall à s’affranchir du soutien de son pays d’origine pour exister sur la scène internationale. « Sa stature dépasse désormais les clivages partisans sénégalais », estime un diplomate ouest-africain.
Une dynamique à confirmer
Si le sondage de Holding Price Limited place Macky Sall en position de favori, la route vers le poste de secrétaire général des Nations Unies reste semée d’embûches. Les auditions du 22 avril, les tractations au sein du Conseil de sécurité, et les équilibres géopolitiques globaux détermineront le nom du successeur d’António Guterres.
L’ancien président sénégalais, qui a toujours cultivé une image de rassembleur et de bâtisseur de consensus, devra confirmer sur le terrain diplomatique ce que les sondages annoncent. L’Afrique, qui attend de voir l’un de ses fils accéder à la plus haute fonction onusienne depuis le mandat de Kofi Annan (1997-2006), retient son souffle. Le 22 avril, à New York, Macky Sall aura l’occasion de transformer l’essai et de convaincre, une fois pour toutes, qu’il est l’homme de la situation.
Farid Ruben, professeur de géopolitique à Washington
