SNR : tourner définitivement la page du passif de 1991 pour bâtir le recouvrement de demain
Trente-cinq ans après sa création, la Société Nationale de Recouvrement (SNR) demeure pénalisée par un héritage issu de la restructuration bancaire des années 1990. Forte d’une expertise reconnue et d’une autonomie financière rarement égalée dans le secteur public, l’institution plaide aujourd’hui pour un nouveau cadre juridique et comptable afin de se libérer d’un passif historique de 86 milliards de FCFA. Un préalable jugé indispensable pour renforcer son rôle dans la sécurisation des finances publiques et l’assainissement de l’écosystème financier sénégalais.

La Société Nationale de Recouvrement (SNR) veut ouvrir une nouvelle page de son histoire. Réunis à Dakar, ce mercredi, autour d’un séminaire stratégique consacré à l’assainissement financier et au renforcement de la gouvernance de l’institution, responsables publics, experts et partenaires institutionnels ont débattu des voies et moyens permettant à la société de surmonter un héritage qui continue de peser lourdement sur ses comptes.
Au cœur des échanges figure une réalité comptable vieille de plus de trois décennies. Créée dans le contexte de la restructuration du système bancaire sénégalais en 1991, la SNR a hérité du passif de plusieurs établissements financiers en difficulté. Une charge historique qui, selon son Directeur général, Maître Babacar Ndiaye, représentait initialement près de 90 milliards de FCFA.
Depuis lors, la société a progressivement absorbé une partie de ce fardeau grâce aux résultats générés par ses activités. Malgré ces efforts, le report à nouveau débiteur demeure estimé à environ 86 milliards de FCFA, constituant un véritable frein à la consolidation de ses fonds propres et à son développement institutionnel.
Pour la direction générale, la question est désormais moins celle de la performance opérationnelle que celle de la prise en compte d’un héritage qui ne reflète ni la situation actuelle ni les capacités réelles de l’entreprise. D’où la réflexion engagée autour d’une présentation de la situation financière de la SNR « hors héritage », permettant de distinguer les résultats de gestion de l’institution des conséquences d’une restructuration bancaire dont elle continue de supporter seule les séquelles.
Cette démarche vise à rétablir une lecture plus juste de la santé financière de la société. Car au fil des années, la SNR a démontré sa capacité à fonctionner sans subvention de l’État, en s’appuyant exclusivement sur les revenus tirés de ses activités de recouvrement. Une singularité qui lui a permis de se hisser parmi les références du secteur en Afrique de l’Ouest.
Mais au-delà de l’assainissement comptable, la SNR ambitionne également une évolution de son cadre d’intervention. La loi qui régit actuellement la société date de sa création en 1991 et apparaît aujourd’hui en décalage avec les mutations profondes du système financier national.
Face à l’augmentation des créances en souffrance et à la diversification des acteurs économiques, la direction plaide pour une extension de ses prérogatives afin de lui permettre d’intervenir plus largement dans le recouvrement de créances, notamment commerciales. Une évolution qui renforcerait l’efficacité des mécanismes de récupération des fonds publics et contribuerait à une meilleure stabilité du secteur financier.
Le projet de réforme est déjà bien avancé. Un texte modifiant le statut de la société est actuellement en circuit administratif. Selon Maître Babacar Ndiaye, les discussions engagées avec les autorités gouvernementales ont permis de stabiliser le contenu de la réforme, dont l’adoption apparaît désormais comme une étape décisive.
Pour de nombreux observateurs, l’enjeu dépasse le seul avenir de la SNR. Il s’agit également de doter l’État d’un instrument plus performant dans la gestion des créances et la préservation des ressources publiques. En d’autres termes, permettre à la SNR de se délester du poids du passé afin qu’elle puisse pleinement jouer son rôle dans les défis financiers du présent et de demain.
Après plus de trois décennies consacrées à solder les conséquences de la crise bancaire des années 1990, l’heure semble venue pour la Société Nationale de Recouvrement de passer d’une logique de gestion d’héritage à une logique de développement. Une transition qui pourrait faire de la SNR non plus la gardienne d’un passif historique, mais l’un des piliers de la modernisation
