Face à la baisse des réservations, à une concurrence régionale de plus en plus agressive et à l’instabilité dans la gouvernance du secteur, les acteurs du tourisme tirent la sonnette d’alarme. Le président de la Fédération des Syndicats d’Initiative du Sénégal, Issa Barro, appelle les autorités à agir rapidement pour éviter une crise majeure lors de la saison touristique 2026-2027.
Le secteur touristique sénégalais traverse une période de fortes turbulences. Entre un contexte international défavorable, une concurrence accrue des destinations voisines et des difficultés de gouvernance, les professionnels redoutent une saison 2026-2027 particulièrement difficile.
Pour Issa Barro, président de la Fédération des Syndicats d’Initiative du Sénégal, les signaux sont déjà au rouge. Selon lui, les réservations pour la prochaine saison hivernale accusent un retard de 25 à 30 % par rapport à l’année précédente, une tendance qui suscite une vive inquiétude dans toute la chaîne touristique.
Le responsable pointe d’abord un environnement international marqué par l’inflation, la crise énergétique et les tensions géopolitiques qui freinent les déplacements des touristes, notamment européens, principal marché émetteur du Sénégal. À cela s’ajoute une concurrence de plus en plus offensive du Maroc, de la Tunisie et du Cap-Vert, qui multiplient les offres promotionnelles pour attirer les visiteurs.
« Le Sénégal doit miser davantage sur la qualité de son offre et l’authenticité de ses destinations pour rester compétitif », plaide-t-il.
Au-delà du contexte mondial, Issa Barro dénonce également une instabilité dans la gouvernance du secteur. Il rappelle qu’en moins de deux ans, le Sénégal a connu trois ministres en charge du Tourisme, une situation qui, selon lui, compromet la continuité des politiques publiques.
« Les professionnels ont besoin de visibilité. Chaque changement de ministre retarde les dossiers et complique la mise en œuvre d’une stratégie cohérente », regrette-t-il.
Le président de la Fédération estime que les nouvelles autorités affichent une volonté de relancer le tourisme, mais souligne que cette ambition doit impérativement s’inscrire dans une gouvernance stable et une stratégie durable.
Les inquiétudes sont particulièrement fortes dans les pôles touristiques du Sine-Saloum, de la Casamance et de Saint-Louis, où les établissements constatent déjà un ralentissement des réservations. Selon Issa Barro, sans un renforcement rapide de la promotion de la destination Sénégal et une amélioration de la connectivité aérienne avant le mois d’octobre, plusieurs zones touristiques pourraient connaître une véritable saison blanche, avec des conséquences directes sur l’emploi et l’économie locale.
À quelques mois de l’ouverture de la haute saison, les professionnels lancent ainsi un appel pressant aux pouvoirs publics afin que des mesures concrètes soient prises pour restaurer la confiance des marchés, renforcer la compétitivité de la destination Sénégal et préserver un secteur stratégique pour l’économie nationale.
Abdou Latif NDIAYE