Israël – Iran: De la nécessité d’anticiper les répercussions sur le BTP

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Alors que les tensions entre Israël et l’Iran enregistrent une trêve suite à la demande du président américain Donald Trump, se pointent à l’horizon les répercussions potentielles sur l’économie mondiale, sur le marché de l’énergie et les chaines d’approvisionnement stratégiques auxquelles le Sénégal, pays fortement dépendant des importations de matériaux de construction, devrait réfléchir pour un pas subir un choc sévère ce d’autant que le secteur du BTP est en crise et que les capitales et villes bombardées de ces deux pays seront de grands demandeurs sur le marché des matériaux de construction.

Il est heureux que la guerre entre les puissances régionales ne perdure pas pour ne pas affecter les prix du fer à béton, de l’acier, du bitume et du ciment. Sans compter le prix du pétrole qui pourrait prendre la tangente, dépassant la barre des 100 dollars le baril, voire bien plus, entraînant immanquablement une envolée des coûts du fret maritime et des produits dérivés.

C’est dire le travail d’anticipation qui attend les autorités sénégalaises sur le marché international et les politiques nationales. Le Port Autonome de Dakar peut et doit saisir cette occasion pour devenir enfin un hub portuaire, trustant une grande partie du trafic maritime sous régional.

Cette anticipation s’entend dans le secteur du BTP sénégalais déjà en souffrance, dans la mesure où le pays importe la quasi-totalité de son acier et une grande partie de ses intrants de construction. Cela s’entend d’autant que la situation actuelle du secteur du BTP est très difficile. Une inflation sera immédiate sur le peu de chantier enregistré si le marché mondial du secteur se crispe.

Les premières estimations en cas de prolongement du conflit ou fortes demandes de Tel Aviv et Téhéran, endommagées par les grosses frappes aériennes, laissent envisager une augmentation de 20 à 40% des prix des matériaux. Dans une telle configuration, le secteur du BTP sénégalais, fragilisé d’abord par une décision gouvernementale, ensuite par le non-paiement de la dette publique estimée à 500 milliards FCFA, souffrirait en plus de la hausse du dollar et des coûts énergétiques.

Une situation rendue plus difficile mettra en arrêt plusieurs projets structurants. Ses impacts concrets seraient plus le gel que le ralenti des projets d’infrastructures publiques, les routes, les logements sociaux et surtout le rendez-vous olympique Dakar 2026.

Une non-anticipation pourrait faire subir par ailleurs des hausses de prix dans l’immobilier du fait que les logements neufs ou en cours verront leurs coûts grimper. On imagine l’impact sur le marché locatif. N’oublions pas l’inflation importée, car au-delà du BTP, la hausse envisageable des coûts logistiques et du baril affectera le transport, les services, et les biens de consommation.

Face à ces risques, les autorités se doivent d’anticiper. A défaut de constituer des stocks stratégiques de matériaux pour les projets prioritaires, la diversification des fournisseurs prend tout son sens. Ce d’autant que la Turquie, grand fournisseur du Sénégal, a une demande intérieure assez forte, depuis le séisme en 2023.

La récente visite du Premier ministre à Freetown donne des idées, sans compter les autres pistes. L’Afrique du Sud et le Brésil qui préparent certainement leurs offres commerciales à destination de Tel Aviv et Téhéran.

La stimulation de la production locale de ciment, de matériaux innovants ou de fer recyclé, tout comme la révision des marchés publics et l’accompagnement des entreprises du BTP mal en point s’imposent aux nouvelles autorités. Sans aucun doute, le secteur du BTP qui souffre déjà, paiera lourdement les répercussions de cette guerre. Plus que jamais, il aura besoin de lignes de crédit conséquent ou des exonérations fiscales à faire pâlir le bloc fiscal.

D’où, à notre avis, la nécessité de mettre en place une cellule de veille pour éviter une crise sectorielle beaucoup plus prononcée, d’autant que celle que nous vivons est déjà pénible.

L’anticipation d’une crise mondiale sur le tissu économique national et la préservation des projets de l’Horizon 2050 passeraient par cette cellule intersectorielle de veille économique autour des ministères du Commerce, des Infrastructures, du Budget et des principaux acteurs du secteur du BTP.

L’erreur à notre sens serait de croire que le conflit Israël/Iran constitue un choc lointain qui n’aura pas un impact direct sur les importations des matériaux de construction et sur leurs coûts. Quand on sait que des milliers d’emplois déjà en souffrance pourraient être davantage menacés, on ne peut qu’espérer sinon inviter les autorités, les entreprises et partenaires à envisager des mesures proactives pour assurer les termes et les projets de développement de l’Horizon 2050.

Au regard de ces immeubles qui s’effondrent, encore un autre ce matin à Touba, il y a de quoi anti…

Charles FAYE

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