Saint-Louis grave son histoire dans ses rues : 47 personnalités immortalisées
Saint-Louis– L’île au patrimoine classé UNESCO s’offre une nouvelle carte d’identité. Dimanche, la municipalité de Saint-Louis a baptisé rues et édifices publics aux noms de 46 figures qui ont façonné l’histoire politique, religieuse, intellectuelle et militaire de l’ancienne capitale de l’AOF. Une opération de « réappropriation mémorielle » selon le maire Mansour Faye.
Retour aux sources pour l’ancienne capitale
Ancienne capitale du Sénégal et de l’Afrique-Occidentale française, Saint-Louis porte les traces d’un passé colonial mais aussi d’une identité locale forte. L’initiative municipale vise à rééquilibrer la toponymie. Exit certains noms hérités de la colonisation, place aux fils et filles de la Vieille ville.
« Nous avons essayé de corriger certaines imperfections du passé », a déclaré le maire Mansour Faye. « Mais aussi d’honorer des Saint-Louisiens vivants qui œuvrent pour le développement et pour l’harmonie religieuse et civile de la communauté ». Des mémoires oubliées ont été exhumées, d’autres encore vivantes distinguées de leur vivant.
Politique et diplomatie à l’honneur
La liste des 47 récipiendaires mêle gloires nationales et locales. Jacques Diouf, premier Africain à diriger la FAO pendant 18 ans, figure au fronton. Alioune Badara Cissé, ancien ministre des Affaires étrangères et médiateur de la République, est également honoré.
L’ex-président Macky Sall, dont l’épouse Marième Faye Sall est native de l’île, n’a pas été oublié. L’ancienne avenue Général De Gaulle porte désormais son nom. Mariée à Saint-Louis, l’ancienne Première dame a elle aussi reçu cet hommage, elle qui y a fait ses humanités avant de s’illustrer sur la scène nationale.
Le poids des guides religieux et de l’armée
La spiritualité tient une place centrale dans cette toponymie. El Hadji Malick Sy, fondateur de la Tidjaniya au Sénégal, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, fondateur du mouridisme, et Mgr Benjamin Ndiaye, archevêque émérite, incarnent la coexistence religieuse de la ville.
Le parcours de Serigne Touba est rappelé à travers la commémoration annuelle des « deux rakaas » du 5 septembre 1895. Ce jour-là, convoqué par l’administration coloniale à Saint-Louis, il aurait accompli cette prière avant son exil au Gabon. Cheikh Seydi El Hadji Malick Sy, père de Serigne Babacar Sy surnommé « le Saint-Louisien », complète ce pan religieux.
Côté armée, le général Mansour Seck est mis en lumière. Digne fils de l’île, il est crédité parmi les fondateurs de l’Armée nationale sénégalaise, reconnu pour sa discipline. L’imam Mouhamed Abdallah Cissé, actuel guide de la grande mosquée Ihsaane, est salué pour son influence sur l’actualité locale.
Une cérémonie fédératrice
La cérémonie a mobilisé tout le gratin saint-louisien : autorités administratives, élus, familles des récipiendaires, guides religieux et représentants. Pour les proches des personnalités honorées, cette reconnaissance est perçue comme « une grande marque de considération ».
Au-delà du symbole, la municipalité veut faire de ces nouveaux noms un support pédagogique. L’objectif : que chaque rue raconte une part de l’histoire de Saint-Louis aux générations futures.
B.Diaw
