UNE CAN TOUS LES 4 ANS : Une Rétrogradation stratégique et un recul pour le football africain

0
images (1)

Depuis quelque temps, une très mauvaise idée circule : organiser la Coupe d’Afrique des Nations tous les quatre ans, au nom d’une prétendue modernité. En réalité, ce n’est ni une innovation, ni un progrès. C’est une rétrogradation stratégique, un recul pour le football africain et, plus largement, pour le développement du continent. L’Afrique ne peut pas se permettre d’appliquer mécaniquement des modèles conçus ailleurs, dans des contextes radicalement différents.

Le football africain n’est pas seulement un sport : c’est un levier de développement territorial, économique, touristique, social et diplomatique. L’Afrique est un continent marginalisé dans les grands événements mondiaux. Soyons lucides. Sur 54 pays africains, combien ont accueilli une Coupe du monde ? Combien ont organisé les Jeux olympiques ? Combien accueillent régulièrement de grands événements mondiaux de basket, d’athlétisme ou de sports mécaniques ?

La réponse est simple : l’Afrique est structurellement marginalisée dans l’agenda sportif mondial. Dans ce contexte, la CAN est l’un des rares grands événements internationaux récurrents organisés sur le sol africain. La réduire, c’est se priver volontairement de l’un de nos derniers outils de rattrapage. La CAN tous les deux ans est un accélérateur de développement.

Organiser la CAN tous les deux ans n’est pas un caprice. C’est une stratégie de développement. Chaque CAN entraîne :

– la construction ou la rénovation de stades,

– le développement d’infrastructures hôtelières,

– l’amélioration des transports,

– la mise à niveau des aéroports, routes, télécommunications,

– la création d’emplois temporaires et durables,

– une visibilité internationale accrue.

Pour des pays africains confrontés à un retard infrastructurel sportif et touristique, un grand événement tous les deux ans permet une dynamique continue, là où un cycle de quatre ans crée de longues périodes d’inertie. Une CAN tous les deux ans est un enjeu crucial pour les jeunes talents africains. En tant qu’ancien arbitre officiel de football, je sais à quel point la compétition régulière est vitale pour la progression des joueurs. Une CAN tous les deux ans :

– favorise l’éclosion rapide des jeunes talents,

– offre plus de vitrines internationales aux joueurs locaux,

– renforce les championnats nationaux,

– stabilise les carrières africaines avant l’exil précoce.

Réduire la fréquence de la CAN, c’est ralentir artificiellement la progression du football africain, au profit d’autres continents déjà suréquipés. Comparer la CAN à l’Euro est une erreur d’analyse. L’Europe :

– accueille régulièrement des Coupes du monde,

– organise des compétitions interclubs puissantes et riches,

– dispose d’infrastructures sportives et touristiques déjà amorties,

– bénéficie d’une exposition médiatique permanente.

L’Afrique, elle, a besoin de répétition, de régularité et de volume pour combler son retard. Ce qui est excessif pour l’Europe est nécessaire pour l’Afrique. Le président de la CAF, Patrice Motsepe, porte une responsabilité historique. Il n’a pas le droit de trahir les intérêts structurels de l’Afrique au nom d’une conformité internationale ou de pressions extérieures. La CAF n’est pas une annexe d’autres confédérations. Elle doit défendre un modèle adapté aux réalités africaines, pas importer des solutions inadaptées. L’Afrique doit vivre, grandir et avancer

La CAN tous les deux ans n’est pas un frein. C’est un moteur pour :

– le développement des territoires,

– l’intégration régionale,

– l’emploi des jeunes,

– la fierté collective,

– l’affirmation géopolitique de l’Afrique.

Priver l’Afrique de la CAN biennale, c’est ralentir volontairement son rythme de croissance sportive et infrastructurelle. L’Afrique a déjà trop attendu. Elle a besoin de mouvements, de cérémonies, de compétitions, de visibilité, d’événements, d’infrastructures, de vie, de développement…

 

Mamadou DJIGO 

Ancien arbitre officiel de football 

Ingénieur Aménageur

Développeur de territoires

Géostratège

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *