Totoh, l’Éternel Baroudeur : 28 ans de Mémoire Vive
Bamako, Cimetière de Niarela. Thiès, terre de souvenir.
08 Février 1998 – 08 Février 2026.
Vingt-huit ans.
Vingt-huit ans que tu as tiré ta révérence, ce dimanche soir fatidique, avec cette brusquerie qui caractérisait tes combats. Tu es parti comme tu as vécu : dans l’action, dans le mouvement, fauché en pleine course, mais debout.
Aujourd’hui, mon frère Seydou Mamadou Diarrah, dit « Totoh », ma pensée traverse la frontière — cette ligne artificielle que ton esprit n’a jamais reconnue — pour se poser sur ta tombe à Niarela.
On dit que le temps apaise la douleur, mais il ne doit jamais effacer l’exemple. En ce jour anniversaire, je ne pleure pas seulement l’ami arraché à notre affection « très tôt, trop tôt », comme je l’écrivais jadis. Je célèbre le géant. Je célèbre ce « Sénégalais de cœur né au Mali », ce véritable Africain pour qui le fleuve Sénégal n’était pas une barrière, mais une artère.
Je me souviens de nos années de braise à Dakar. Je me souviens de l’étudiant révolté, du stratège de la Coordination des Étudiants de Dakar (CED), de l’infatigable militant qui, expulsé en 1988, laissa derrière lui une légende indélébile. Tu étais « Malien parmi les Maliens, Sénégalais parmi les Sénégalais ». Tu étais la preuve vivante que le Panafricanisme n’est pas une théorie de manuel, mais une pratique du sang et de la sueur.
Tu étais un « baroudeur », Totoh. Un guerrier de la lumière.
Fils de martyr, tu as porté le deuil de ton père mort en détention pour en faire une armure de courage, jamais un linceul de haine. De l’UNEEM à l’ADEMA, de l’exil parisien au retour triomphal à Bamako, tu n’as jamais courbé l’échine. Tu as tout donné à la Jeunesse Africaine, sans jamais rien prendre en retour.
En ce 8 février 2026, le monde a changé, mais les combats pour lesquels nous avons usé nos jeunesses restent d’actualité. Et dans ce tumulte, ton rire franc, tes colères saintes et ta générosité légendaire nous manquent cruellement.
Repose en paix, Camarade.
L’arbre du combat que tu as planté a des racines profondes.
Ton souvenir est notre boussole.
À jamais, nous sommes les gardiens de ta mémoire.

Talla SYLLA
