Soutenir Macky Sall, un crime politique ? Quand la divergence devient motif d’exclusion

0
images (7)

Coalition Diomaye Président – Le débat sur la candidature de Macky Sall à l’ONU

La décision d’exclure Bougar Diouf de la Coalition Diomaye Président pour avoir soutenu la candidature de Macky Sall au Secrétariat général des Nations Unies soulève une question essentielle : depuis quand un positionnement international relève-t-il d’une faute politique ? Plus troublant encore, cette sanction intervient alors que Aminata Touré elle-même a publiquement exprimé son opposition à cette candidature, sans que cela ne suscite la moindre mesure à son encontre.

Éditorial

Il y a des décisions qui interrogent. Celle visant Bougar Diouf en fait partie.

Dans une démocratie digne de ce nom, le pluralisme n’est pas une faveur accordée par les dirigeants ; il est un principe structurant. Or, l’exclusion annoncée du président de l’UPS pour avoir soutenu la candidature de Macky Sall à la tête de l’ONU donne le sentiment d’une dérive vers l’uniformité forcée.

Le paradoxe est frappant. Aminata Touré, coordonnatrice de la Coalition Diomaye Président et envoyée spéciale du Chef de l’État, a publiquement exprimé son opposition à cette même candidature. À ce jour, l’État du Sénégal n’a pas officiellement arrêté de position sur la question. Pourtant, aucune sanction ne l’a visée.

Pourquoi, dès lors, vouloir frapper Bougar Diouf pour avoir exprimé une opinion inverse ?

La cohérence politique est une exigence minimale dans la conduite des affaires publiques. On ne peut réclamer la liberté d’expression pour soi et la refuser aux autres. On ne peut invoquer le débat lorsqu’il conforte sa ligne, puis exiger l’alignement absolu lorsqu’il la contredit.

Soutenir un ancien président de la République à une haute fonction internationale peut se discuter politiquement. Mais en faire un motif d’exclusion relève d’une conception restrictive du pluralisme. Car au-delà des clivages internes, une candidature sénégalaise à la tête des Nations Unies engage l’image du pays sur la scène mondiale.

Que l’on ait combattu Macky Sall hier sur le terrain politique n’interdit pas de reconnaître, aujourd’hui, qu’une présence sénégalaise au sommet de l’ONU serait un signal fort pour le Sénégal et pour l’Afrique. Beaucoup y voient un acte de patriotisme, au nom de la continuité de l’État et du rayonnement diplomatique national.

La question dépasse donc les rivalités partisanes. Elle touche à la maturité démocratique. Une coalition est-elle un espace de convergence ou un instrument d’alignement obligatoire ? La discipline collective doit-elle effacer toute liberté d’appréciation sur des enjeux internationaux qui n’ont pas fait l’objet d’un consensus formalisé ?

En sanctionnant un choix souverain d’un parti membre, la direction de la coalition prend le risque d’envoyer un message inquiétant : celui d’une pensée unique imposée au nom de la cohésion. Or, l’histoire politique montre que les alliances solides ne sont pas celles qui étouffent les divergences, mais celles qui savent les encadrer sans les criminaliser.

Le Sénégal a bâti sa réputation démocratique sur la tolérance du débat et la reconnaissance de la pluralité des opinions. Défendre cette tradition n’est pas un acte de défiance ; c’est un devoir républicain.

Exiger que tous épousent une seule position sur un dossier international non tranché par l’État revient à confondre leadership et hégémonie. La démocratie n’est pas l’unisson permanent ; elle est l’acceptation organisée de la différence.

Et c’est peut-être là que se joue l’enjeu véritable de cette controverse.

 

Abdou Latif NDIAYE 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *