PASTEF à l’épreuve du pouvoir : entre stratégie présidentielle et risque de fracture interne
Nous traversons une phase politique particulièrement complexe au sein de notre mouvement. En tant que citoyen engagé et soutien de l’actuel gouvernement depuis ses débuts, je me permets aujourd’hui d’observer avec la plus grande vigilance et une totale franchise les évolutions en cours au sein du parti et du pouvoir.
Depuis quelques jours, le président Bassirou Diomaye Faye multiplie les invitations « fraternelles » à l’endroit des cadres de PASTEF.
D’abord, les coordinateurs départementaux du parti ont été conviés à un ndogou le 20 février 2026, puis, ce vendredi 27 février, ce sont les députés de la mouvance PASTEF qui ont été reçus au Palais présidentiel.
Ces moments de convivialité ne sont pas anodins.
Ils interviennent dans un contexte où les tensions internes au sein de PASTEF – notamment entre le chef de l’État et le leader historique Ousmane Sonko – restent vives, malgré les apparences d’unité. Le Premier ministre Sonko lui-même l’a récemment reconnu : « Il y a des ajustements à faire ».
À mon sens, ces rencontres dépassent largement le cadre d’un simple repas de rupture du jeûne. Elles traduisent une stratégie délibérée : le président Faye cherche à consolider une base de loyauté personnelle au sein du parti, en tissant des liens directs avec les cadres intermédiaires et les élus.
Cette démarche apparaît comme une préparation évidente en vue de l’élection présidentielle de 2029. L’objectif est clair : s’assurer d’une fidélité directe, indépendante de l’influence de Sonko, afin de sécuriser une éventuelle réélection.
Et ce n’est vraisemblablement que le début d’une stratégie plus large et complexe. On peut y voir les prémices d’un scénario inspiré de tactiques déjà observées par le passé (Abdoulaye Wade en 2007 ou Macky Sall en 2019) :
– Investir massivement, dès les élections locales de 2027 (municipales, départementales et régionales), des figures loyales au président Faye sur des listes estampillées « Diomaye Président ». Cela permettrait de contrôler une partie significative des 146 communes, 46 départements et 14 régions, et de bâtir une solide machine électorale en prévision de 2029
– À la fin de l’année 2026 (après les deux ans minimum de la législature actuelle, conformément à l’article 77 de la Constitution), le président pourrait, dans son message solennel à la Nation du 31 décembre, annoncer la dissolution du gouvernement en place et nommer un nouveau Premier ministre pleinement aligné sur sa vision.
Un tel geste pourrait provoquer une réaction hostile des députés de la majorité PASTEF (123 sièges sur 165). Ceux-ci pourraient alors déposer une motion de censure (article 91). En cas d’adoption, le président serait en droit de dissoudre l’Assemblée nationale (article 77) et d’organiser des législatives anticipées, potentiellement couplées aux élections locales de 2027.
Ce scénario offrirait au président de la République un coup politique majeur : une campagne massive et unifiée, avec l’opportunité de « purger » les éléments les plus fidèles à Sonko pour obtenir une majorité parlementaire encore plus docile.
Il s’agit toutefois d’un pari risqué. Une telle stratégie pourrait accentuer les divisions internes au sein de PASTEF, affaiblir le parti face à l’opposition et fragiliser l’unité qui a pourtant été la clé de sa victoire en 2024.
En définitive, cette tactique – classique pour un président confronté à un rapport de force interne défavorable – vise à reprendre la main sur son propre camp.
Reste à savoir si elle renforcera réellement le pouvoir présidentiel ou si elle précipitera, au contraire, une fracture profonde au sein du mouvement patriotique porté par son leader Sonko.
L’avenir des prochains mois sera décisif pour l’unité et la survie de PASTEF tel que nous l’avons connu et aimé. La tenue – ou l’absence – d’un congrès du parti, annoncé par Ousmane Sonko pour avril 2026, constituera un test majeur.
De même, les réactions et les initiatives du Premier ministre Sonko, qui reste le leader historique et la principale force de mobilisation du mouvement, diront beaucoup sur la capacité réelle du duo Diomaye-Sonko à surmonter ces divergences.
Ce chemin que j’ai esquissé ici – consolidation d’une base présidentielle personnelle, manœuvres institutionnelles, possible purge progressive – est sinueux, risqué et potentiellement destructeur.
Il pourrait aboutir à une majorité plus « docile » autour du président Faye, mais au prix d’une fracture profonde qui affaiblirait PASTEF face à une opposition qui n’attend que cela.
En tant que militant convaincu, je souhaite ardemment que la sagesse, le dialogue franc et le respect mutuel l’emportent. Car PASTEF est un projet collectif porté par des millions de Sénégalais qui ont cru en la rupture, en l’intégrité et en l’unité derrière Sonko et Diomaye.
Si ce projet doit évoluer, que ce soit par un vrai congrès démocratique, transparent et inclusif , mais pas par des stratégies de contournement ou de division.
L’enjeu n’est pas seulement le pouvoir de 2029 : c’est la crédibilité et la pérennité du combat patriotique que nous avons tous mené.
À nous, militants de base, cadres intermédiaires et sympathisants, de rester vigilants, exigeants et unis autour des valeurs qui nous ont fait gagner en 2024. L’histoire nous jugera.
patriceserge.sylva@enap.ca
