Manifeste «Dundal PS» : le Parti socialiste sommé de renaître

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serigne mbaye thiam

Serigne Mbaye THIAM, Ancien Ministre,
Secrétaire national aux Élections,
Secrétaire général de l’Union des
coordinations de Nioro, membre du SEN

Face à un recul électoral historique, à une perte de visibilité politique et à une crise de leadership persistante, un collectif de responsables nationaux, d’élus locaux, d’anciens ministres et de figures majeures du Parti socialiste publie le manifeste « Dundal PS ». Un texte fort, lucide et sans concession, qui appelle à une refondation profonde de la formation socialiste, à la reconstruction de son identité et à l’émergence d’une direction légitime, capable de redonner vie à un parti menacé de marginalisation.

Le Parti socialiste est à la croisée des chemins. Avec la publication du manifeste «Dundal PS» — littéralement « Faire revivre le PS » — un groupe important de responsables, d’élus locaux, de cadres et de militants sonne l’alarme et appelle à un sursaut collectif. Ce document, présenté comme un « acte de vérité et de responsabilité», dresse un diagnostic sévère de l’état actuel du parti et propose une voie de renaissance politique.
S’inspirant des valeurs africaines du «Nit nitay garabam» et de l’Ubuntu, les signataires inscrivent leur démarche dans l’héritage du socialisme senghorien, rappelant que la force du collectif repose sur la responsabilité individuelle. Pour eux, le PS doit redevenir un espace vivant de débat, de solidarité et d’engagement, capable de porter une
alternative crédible pour le Sénégal.
Le manifeste revient longuement sur l’histoire du Parti socialiste, de son rôle central dans l’accession à l’indépendance à la construction de l’État moderne, en passant par la consolidation des institutions républicaines. Sous Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf puis Ousmane Tanor Dieng, le PS a été un pilier de la vie politique nationale et un acteur reconnu de l’Internationale socialiste. Même après l’alternance de 2000, rappelle
le texte, le parti avait su se réorganiser et contribuer activement à la dynamique ayant conduit à la seconde alternance de 2012. Mais depuis le décès d’Ousmane Tanor Dieng en 2019, la formation socialiste, selon les
auteurs du manifeste, s’est progressivement enfoncée dans une léthargie préoccupante. Aujourd’hui, les signataires parlent sans détour d’un parti «en danger de disparition».
Le constat est implacable. Sur le plan politique et médiatique, le PS est quasiment absent de l’espace public, inaudible dans les débats nationaux et très peu présent sur les plateformes numériques. Sur le plan électoral, l’élection d’un seul député lors des dernières législatives de novembre 2024 symbolise l’ampleur du décrochage, sans
compter le recul enregistré dans plusieurs collectivités territoriales. Les structures de base sont décrites comme désuètes et inefficaces, tandis que le moral des militants est miné par le découragement, la démobilisation et la baisse des adhésions.

À cela s’ajoute, selon le manifeste, un déficit de leadership marqué par une direction jugée hésitante, sans vision claire ni discours mobilisateur.
Les initiatives récentes de relance — séminaires, tournées annoncées, mise en place d’une commission spéciale — sont qualifiées de démarches « en trompe-l’œil », davantage destinées à apaiser les frustrations qu’à engager une véritable reconstruction. Le congrès, annoncé à plusieurs reprises, n’a toujours pas eu lieu, alimentant un sentiment d’immobilisme et de perte de repères.
Face à cette situation, «Dundal PS» propose une refondation globale autour de trois axes majeurs : faire revivre le parti, le renforcer et le rassembler. Les signataires plaident pour une modernisation profonde de l’organisation, une relecture des statuts, une simplification des structures, une recomposition des instances dirigeantes et une
clarification des rapports entre la direction et la base. Ils appellent également à un investissement massif dans la jeunesse, les femmes, la diaspora et les compétences émergentes, avec une présence accrue des jeunes dans les sphères décisionnelles.
Porté par une large liste de primo-signataires issus de plusieurs régions du pays et de la diaspora, le manifeste rassemble des figures politiques de premier plan du Parti socialiste. Parmi elles figurent notamment les anciens ministres Alioune Ndoye et Serigne Mbaye Thiam, l’ancienne députée et membre du HCCT Juliette Zingan, ainsi
que Me Moustapha Mbaye, président du Conseil départemental de Saint-Louis. À leurs côtés, de nombreux maires, responsables de coordinations, cadres, femmes et jeunes du parti, traduisant une volonté affirmée de refondation portée à la fois par l’expérience et le renouvellement générationnel.
L’ambition affichée est claire : reconstruire un Parti socialiste producteur d’idées, présent sur le terrain social, audible dans l’espace médiatique et capable de redevenir une force majeure de l’opposition, puis une alternative crédible pour gouverner leSénégal. Refonder le PS, soulignent les auteurs, c’est aussi actualiser le projet
socialiste autour d’un Sénégal plus prospère et équitable, plus sûr et plus humain, plus solidaire et plus résilient.
Dans leur appel final, les initiateurs de « Dundal PS » invitent militants, sympathisants et citoyens attachés aux valeurs de justice, de solidarité et de démocratie à rejoindre cette dynamique. Ils prônent l’unité, l’écoute des bases, le dialogue permanent et la mise en place, dans le consensus, d’une direction légitime et rassembleuse.
Un message sans équivoque est ainsi lancé : le Parti socialiste peut vaciller, mais il ne doit pas disparaître. À condition, préviennent ses auteurs, d’avoir le courage de dire la vérité, de reconnaître ses erreurs et de reconstruire ensemble.
Abdou Latif NDIAYE

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