Les Etats-Unis, “gendarme du monde” et le piétinement du droit international
Les Etats-Unis sont souvent qualifiés de “Gendarme du monde”. Cette étiquette collée à la première puissance mondiale est loin d’être infondée sur le plan géopolitique. L’hégémonie américaine confirmée et assumée par Donald Trump qui s’octroie le droit de fouler aux pieds le principe du droit international de non-ingérence dans la gestion interne d’un État. Une disposition de l’article 2, paragraphe 7 de la Charte des Nations Unies, qui interdit à tout Etat de s’immiscer dans les affaires intérieures d’un autre Etat.
Le Président vénézuélien Nicolas Madura a appris à ses dépens la vieille rhétorique de “gendarme du monde” incarnée par Donald Trump qui fait fi de ce principe du droit interdisant le recours à la menace ou à la force armée à l’encontre d’un Etat tiers. Ce samedi 02 janvier, à l’aube de l’année 2026, le Président américain a surpris plus d’un en annonçant que les USA ont capturé le Président vénézuélien pour le déporter vers le pays de l’oncle Sam pour y être jugé pour de lourds griefs allant du terrorisme au trafic de drogue.
Ces chefs d’accusation sont-ils plausibles pour procéder à l’arrestation et à la destitution du Président vénézuélien ? L’administration américaine dispose-t-elle d’un fondement légal pour s’arroger le droit de diriger la transition politique d’un État souverain ? Les réactions et les positions sont divisées et les condamnations fusent de partout notamment en Chine où le gouvernement “qualifie l’opération américaine d’« acte hégémonique », estimant que cela viole gravement le droit international, en particulier la souveraineté nationale du Venezuela, ainsi que la paix et la sécurité en Amérique latine et dans les Caraïbes”. Des condamnations péremptoires ont également été notées dans certains pays de l’OTAN, alliés des Etats-Unis notamment l’Espagne, qui malgré sa non-reconnaissance du régime de Nicolas Maduro depuis les élections de juillet 2024, fustige l’intervention américaine qui enfreint le droit international.
Cette intervention est-elle un subterfuge américain pour avoir une mainmise sur les réserves pétrolières vénézuéliennes considérées comme les plus grandes réserves pétrolières prouvées dans le monde, estimées à environ 303 milliards de barils de pétrole brut ?
Une interrogation qui mérite d’être posée parce que les USA n’en sont pas à leur premier coup. Ils ont imposé par le passé leur diktat et renversé une dizaine de gouvernements qui ont tenté des reformes pour échapper à l’hégémonie économique américaine. Pour le Venezuela, longtemps acculé par les Etats Unis, le gouvernement de Maduro pour survivre face aux sanctions du marché financier américain et de ses alliées, a cherché depuis 2017 des mécanismes alternatifs pour écouler son pétrole via des devises autres que le dollar : le yuan chinois, le yen japonais, le rouble russe et la roupie indienne. A cette méthode lui permettant de contourner le système traditionnel axé sur le dollar, s’ajoute sa stratégie visant à utiliser des flottes de tankers discrètes en d’autres termes des navires pétroliers utilisés pour opérer en dehors des circuits commerciaux normaux.
Outre le Venezuela, d’autre chefs de gouvernement ont fait les frais de l’impérialisme américain notamment l’Iran. D’après des documents officiels de la CIA publiés en 2013, les USA ont orchestré le coup d’Etat qui a renversé le premier ministre iranien, Mohamed Mossadegh, le 18 août 1953. Son seul tort était d’avoir nationalisé le pétrole du pays. Le modus operandi était selon les documents déclassifiés de la CIA “d’acheter des partisans de Mossadegh, des journaux américains et iraniens pour qu’ils ternissent sa réputation, et des manifestations dans les rues de Téhéran pour justifier le changement de pouvoir”. La CIA soutient également avoir versé 5 millions de dollars au général Fazlollah Zahedi, ensuite nommé premier ministre après la destitution de Mohamed Mossadegh.
Même procédé au Guatemala en 1954 où le Président Jacobo Arbenz, à cause d’une réforme agraire pour protéger les terres du pays, les Etats Unis ont décidé de le museler et par l’entremise de son bras armé, la CIA qui sévit en armant un groupe constitué de centrifuges pour orchestrer son éviction du pouvoir.
Le gendarme du monde a aussi frappé en Afrique de manière officielle ou officieuse. A tire d’exemple le Congo en 1960, avec une intervention de l’armée belge, soutenue par les USA, chasse du pouvoir le premier ministre Patrice Lumumba. Journaliste, leader politique et fondateur du Mouvement National Congolais (MNC) en 1958, Lumumba se battait pour que le pétrole, le cuivre, le cobalt et autres richesses du Congo profitent d’abord aux Congolais, et non aux multinationales occidentales. Cependant, son combat aura rapidement déclenché le courroux de la Belgique et de son allié américain. Ainsi, en 1960, la “CIA prend contact et soutient des personnes planifiant de l’assassiner”, lit-on dans les colonnes de The Church Comittee, un organisme qui surveille les actions clandestines de l’agence secrète américaine. Lumumba sera finalement capturé et exécuté le 14 septembre 1960, avec la complicité de la Belgique et des services secrets américains.
Agissant toujours sous couvert de maintien de l’ordre international ou de lutte contre des menaces supposées, les interventions militaires américaines sont foison mais restent en réalité guidées par des considérations économiques et stratégiques afin de mieux contrôler les pouvoirs et Etats qui ont des ambitions de s’affranchir du néocolonialisme ou d’arracher une certaine liberté financière.
Ablaye Modou Ndiaye
