Le sacre volé d’une CAN 2026 au service ultime de l’ambition du marocain Fouzi Lekja

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La decision rendue par la commission d’appel de la Confédération Africaine de Football (CAF) est tombée nette pour laisser le monde, au-dela de celui du foot, éberlué et en émoi. Une décision inédite et incompréhensible tant les actes posés pendant et après le sacre des lions de la téranga font passer la victoire du Senagal contre le Maroc sous l’autorite de la chose jugée et pour cause bien fêtée et consommée après près de deux mois depuis la clôture de la CAN 2026. Mais au-delà de cette décision infirmant la décision de première instance et prononçant le forfait du Sénégal au profit du Maroc pour la finale de la Coupe d’Afrique des Nations, ne doit-on pas voir les manigances d’un Président de la Fédération royale marocaine, Fouzi Lekjaa pour ne pas le nommer, certes hyper puissant et très influent dans l’establishment de la CAF, anéanti par cette cinglante défaite à la place d’une victoire qu’il croyait acquise et sûrement le porterait au firmament d’une carrière politique et administrative déjà bien accomplie ?

 

Déjà l’absence de félicitations émanant de l’Autorité royale marocaine au Sénégal et à son équipe nationale pouvait présager de telles agissements douteux et qui ne pouvaient refléter qu’une rancœur non encore digérée. En revoyant les minutes de cette finale perturbée plus d’une fois, et toute orchestrée pour assurer la victoire inéluctable au Maroc, la scène est lourde presque irréelle. Dans les gradins encore vibrants du stade ayant accueilli la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2026 les chants sénégalais résonnent avec une force tranquille mais dans une ambiance déjà très festive. En face le Maroc pourtant annoncé comme favori vient de subir une défaite cinglante et inattendue face au Sénégal. Au-delà du score c’est tout un édifice patiemment construit par Fouzi Lekjaa qui semble vaciller. Mais l’homme lui ne plie pas. Pas encore, cette victoire est impossible à digérer !

Depuis son arrivée à la tête de la Fédération royale marocaine de football, de dires de ses sympathisants, Fouzi Lekjaa s’est imposé comme un dirigeant qui compte vraiment dans le football africain. Il a porté une ambition claire qui consiste à moderniser, structurer et donner de la puissance à tout un système allant des infrastructures à la formation, et même la gouvernance. Tout y est passé ! Petit à petit le Maroc a changé de dimension et s’est installé parmi les grandes nations du continent. Le parcours historique lors de la Coupe du Monde 2022 a renforcé cette image. À ce moment-là Lekjaa n’était plus seulement un dirigeant. Il incarnait quelque chose de plus grand comme une réussite collective et presque un projet national qui fonctionnait bien. Mais souvent dans le sport comme en politique, les grandes réussites précèdent des chutes qu’on ne voit pas venir.

La Coupe d’Afrique des Nations 2026 devait être la suite logique de cette progression. Une sorte de confirmation naturelle d’un leadership qu’il a bien aiguisé. Beaucoup voyaient déjà le Maroc soulever le trophée. Et pourtant la finale face au Sénégal a raconté une autre histoire. Une équipe marocaine dépassée dans l’impact, moins lucide dans les moments clés. En face les Lions de la Teranga ont été solides, calmes, presque implacables. La défaite n’a pas seulement été sportive elle a touché quelque chose de plus profond, faisant naître un sentiment de déception et d’échec profond. Dans les heures qui ont suivi, les critiques sont montées assez vite. Certains ont parlé de fin de cycle d’autres ont commencé à questionner la manière dont le pouvoir est concentré autour de Lekjaa. Quand tout va bien cela renforce l’image du leader, mais quand ça tourne mal et que tout va à vau l’eau, la responsabilité devient lourde.

 

L’idée d’un chant du cygne a commencé à circuler. Comme si cette défaite pouvait marquer la fin d’un parcours pourtant impressionnant. Mais lui, le super puissant vice-président de la CAF, ne semble pas prêt à accepter cette lecture. Il reste droit, presque inflexible et tenace dans un esprit radical. Pas de grandes excuses publiques ni de recul affiché, mais une ténacité dans des recours répétitifs. Il faut dire que sa position dans le gouvernement de ministre délégué au budget est loin de lui satisfaire, lui l’agronome, devenu énarque, qui rêve de la station primatoriale. Pour un protégé connu de l’actuel Premier ministre du royaume chérifien, aussi agronome de formation et son ancien patron, il ne pouvait rêver mieux de dires d’analystes et observateurs de la politique marocaine.

 

Cet échec cuisant, si prêt du but, à la porte du succès lors de cette finale de CAN 2026 qu’il a organisée et voulue grandiose de bout en bout, ne pouvait être qu’une grosse pilule très difficile à avaler. De là à penser, que dans un dernier sursaut désespéré, après le premier jugement qui ne lui donnait pas satisfaction, il fit recours à la solidarité de ses amis du Board de la CAF pour lui tendre la perche, sauver la face et par là même ses ambitions politiques, il suffit de voir l’inanité de cette dernière décision inique aux dépend du champion d’Afrique 2026 déjà déclaré. Tous les éléments sont donc réunis pour confirmer les ralents d’une corruption à grand moyens en espèces sonnantes et trébuchantes pour mettre de la poudre aux yeux de l’Autorité royale marocaine et d’un peuple qui avait fini par digérer cette défaite cuisante. Le scénario joué serait donc de trancher coûte que coûte pour le retrait de la victoire sénégalaise de la CAN en faveur du Maroc, sur fond de vice de procédure et de jugement dans le fond erroné dans l’interprétation de l’article 82 du code disciplinaire de la CAF prévoyant des sanctions en cas d’abandon définitif de match constaté par l’autorité arbitrale, alors que dans le cas d’espèce la rencontre est bien allée à son terme.

On peut voir ça comme une force de caractère ou une manière de ne pas céder à la pression. Mais on peut aussi y voir une forme de refus de regarder les choses en face. Et dans ce genre de situation,la perception compte presque autant que les résultats. Il a transformé le football marocain lui a donné du poids sur le continent et même au-delà, notamment au sein de la Confédération africaine de football. Mais aujourd’hui cet héritage se retrouve un peu fragilisé et mis à l’épreuve par une seule soirée qui change beaucoup de choses. Cette carrière menacée est à même de justifier un arrangement de façade pour amoindrir les risques qui pèsent sur sa carrière et son ascension politique irrestible, même s’il sait que la sanction définitive de rejet de la décision par le Tribunal Arbitral du Sport ne tardera pas à donner encore raison au Sénégal. Reste à savoir si cette défaite sera juste un accident dans un parcours encore long, ou le début d’une déchéance politique profonde le faisant tomber de son piédestal et vouer aux gémonies pour ce crime de lèse-majesté dans un royaume chérifien fier et rempli d’égo. Et surtout si Fouzi Lekjaa saura bien retombé sur ses deux pieds après cette bérézina, ou tout bonnement relégué aux pages déchirées de l’histoire après qu’il aura amèrement constaté que le vent a clairement changé.

 

Mamadou Mbodj Diouf

MBA Paris Dauphine PSL

 

 

 

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