Implication de la collectivité Lébou dans les manifestaions culturelles périphériques des JOJ Dakar 2026
Entretien avec Souleymane Boun Daouda DIOP
Directeur général du Cabinet Conseil SERISE-SARL
Ancien Directeur de la Haute Compétition au Ministère des Sports
Ancien Directeur de l’Académie Nationale Olympique du Sénégal (ANOS)
Ancien Président de l’Association Francophone des Académies Olympiques (AFAO)
À l’approche des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) Dakar 2026, la
question de l’ancrage culturel de l’événement se pose avec acuité. Ancien haut
responsable du sport sénégalais et fin connaisseur de l’Olympisme,
Souleymane Boun Daouda Diop plaide pour une implication structurée de la
Collectivité lébou dans les manifestations culturelles périphériques des Jeux.
Pour lui, il s’agit moins d’une revendication identitaire que d’une exigence de
cohérence historique, culturelle et olympique.
Monsieur Diop, pourquoi plaidez-vous aujourd’hui pour l’implication de la
Collectivité lébou dans les manifestations culturelles périphériques des JOJ
Dakar 2026 ?
Parce que les Jeux Olympiques de la Jeunesse ne sont pas uniquement un
événement sportif. Ils constituent avant tout un projet éducatif, culturel et
profondément humain. Le Comité International Olympique a toujours affirmé que
l’Olympisme repose sur l’alliance indissociable du sport, de la culture et de
l’éducation.
À ce titre, impliquer la Collectivité lébou, historiquement et culturellement liée à
Dakar, relève d’une exigence de cohérence olympique et institutionnelle, et non
d’une revendication identitaire.
Certains estiment que la culture est secondaire par rapport à l’organisation
sportive des Jeux. Que leur répondez-vous ?
Je leur réponds que cette perception procède d’une lecture réductrice de
l’Olympisme. Partout où les Jeux ont été organisés, la culture a toujours constitué un
pilier structurant : cérémonies d’ouverture et de clôture, olympiades culturelles,
événements artistiques, programmes éducatifs, animations urbaines.
Les Jeux Olympiques de la Jeunesse, en particulier, ont été conçus pour transmettre
des valeurs et favoriser la rencontre des cultures. Sans une expression culturelle
forte, authentique et enracinée, les Jeux perdent une part essentielle de leur sens.
En quoi la Collectivité lébou est-elle incontournable dans ce processus ?
Dakar est une terre lébou. C’est une réalité historique, territoriale et culturelle
incontestable. La Collectivité lébou est le propriétaire traditionnel de la presqu’île du
Cap-Vert et le dépositaire légitime de la mémoire du territoire.
Organiser des manifestations culturelles majeures à Dakar sans l’impliquer
constituerait une incohérence historique et symbolique. À l’inverse, son association
renforce la légitimité, l’authenticité et l’appropriation populaire des Jeux Olympiques
de la Jeunesse.
Quel apport concret la Collectivité lébou peut-elle offrir aux JOJ ?
Un apport considérable. La Collectivité lébou dispose d’un patrimoine culturel vivant
d’une richesse exceptionnelle : la lutte traditionnelle, les danses, les chants, les
percussions, les rites et cérémonies, ainsi qu’une organisation sociale millénaire
fondée sur la médiation, la cohésion sociale et la paix.
Ces pratiques véhiculent des valeurs universelles telles que le respect, le courage, la
discipline, la solidarité et le dépassement de soi, en parfaite adéquation avec l’esprit
et les valeurs de l’Olympisme.
Certains craignent une folklorisation de la culture. Comment éviter cet écueil ?
Justement en impliquant directement la Collectivité lébou. La folklorisation survient
lorsque la culture est mise en scène sans la participation de ses détenteurs légitimes.
En travaillant avec les autorités traditionnelles, les acteurs culturels et la jeunesse
lébou, on garantit une expression authentique, respectueuse et éducative. Il s’agit de
co-construire les contenus culturels, et non de les utiliser comme de simples
éléments décoratifs.
Quel rôle peut jouer le Grand Serigne de Dakar dans ce processus ?
Un rôle central et stratégique. L’actuel Grand Serigne de Dakar incarne à la fois la
légitimité traditionnelle et une expérience politique, administrative et sportive de haut
niveau.
Cette double dimension permet d’instaurer un dialogue structuré, responsable et
efficace avec le Comité d’Organisation des JOJ et les institutions sportives
nationales. C’est un atout majeur pour la réussite et la crédibilité du projet.
Que proposez-vous concrètement au COJOJ et au CNOSS ?
Je propose l’organisation d’une rencontre formelle entre le Comité d’Organisation
des JOJ Dakar 2026, le Comité National Olympique et Sportif Sénégalais et la
Collectivité lébou.
L’objectif serait de définir ensemble les modalités d’une implication claire, structurée
et durable de la Collectivité lébou et de sa jeunesse dans les manifestations
culturelles périphériques des Jeux. Il ne s’agit nullement d’une revendication, mais
bien d’un partenariat stratégique.
En définitive, quel message souhaitez-vous adresser à l’opinion publique ?
Le message est simple : les Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026
représentent une opportunité historique de montrer au monde un Sénégal fidèle à
son histoire et résolument ouvert à l’universel.
Associer la Collectivité lébou à cette aventure, c’est respecter l’esprit de l’Olympisme,
valoriser notre identité culturelle et garantir un héritage durable aux générations
futures. Dakar 2026 ne sera pleinement olympique que si la terre qui l’accueille est
pleinement associée à cette célébration universelle
Entretien réalisé par Abdou Latif NDIAYE
