Ensemble pour le Sénégal
Par Cheikh BA
Le populisme, à l’exercice du pouvoir, finit toujours par une tragédie : tragédie économique, tragédie sociale et déchirements multiples. Il procède systématiquement par la réécriture de l’histoire. Une inversion des valeurs s’opère, où le vice se pare de vertu et le mensonge prend les allures de la vérité. Des pilleurs et des insurgés contre les institutions démocratiques sont alors érigés en martyrs et en héros républicains.
Tout ce qui passe par la rhétorique populiste devient une vérité absolue que nul n’a le droit de contester, car ayant reçu l’onction du guide suprême et la clameur de suiveurs déchaînés. Rien de nouveau dans ce qui se passe actuellement au Sénégal : c’est simplement l’histoire qui bégaie et interpelle à nouveau nos consciences de citoyens du monde.
Le narratif populiste est toujours façonné selon la volonté du chef. Les faits sont décrits en fonction de ses ambitions et de son argumentaire, sans égard pour la réalité factuelle.
Aujourd’hui, notre pays voit son Premier ministre dérouler un agenda en dehors de l’espace institutionnel, dans un no man’s land institutionnel de plus en plus obscur. Il agit en totale roue libre, multipliant des comportements et des événements qui fragilisent la cohérence et l’ordonnancement institutionnels de notre République.
Il est temps que le Président de la République et les autorités de ce pays se recentrent sur les véritables problèmes des Sénégalais : les difficultés à se nourrir, à se soigner, à étudier, à trouver un emploi, à se protéger contre l’insécurité dans les quartiers, entre autres. Le pays souffre profondément, au point que beaucoup d’opérateurs économiques, d’hommes et de femmes d’affaires ont perdu tout espoir et quittent le Sénégal pour investir ailleurs.
Nos créateurs d’emplois partent, nos partenaires au développement se détournent de notre pays, pendant que nos autorités, avec à leur tête le Premier ministre, divertissent les Sénégalais à travers des méga-meetings, des journées dites de martyrs ou d’autres préoccupations politiciennes et règlements de comptes.
Le Sénégal, jadis pays d’exemplarité et d’exceptions positives, est devenu un pays où les institutions s’abîment, l’État se fragilise, l’unité nationale est menacée, le modèle d’émergence économique est bloqué et le rayonnement international assombri. Il me semble que, lentement mais sûrement, notre pays s’effrite, la médiocrité progresse et une élite politique profondément irresponsable s’accapare l’ensemble des leviers du pouvoir, économiques comme politiques.
La vacuité intellectuelle, l’incompétence, le manque de culture d’État et, plus largement, de culture tout court du personnel politique actuellement aux commandes des institutions publiques et des sociétés nationales sont les signes d’une dégénérescence globale qui affecte tous les secteurs de la vie économique et politique du pays.
Il appartient désormais au peuple sénégalais, à des femmes et des hommes engagés et déterminés à remettre notre pays sur sa trajectoire de nation phare dans la sous-région, de se mobiliser et d’agir dans un élan salutaire et pluriel pour défendre nos acquis démocratiques et républicains, entamer le processus de reconquête démocratique du pouvoir et engager la restauration économique et sociale du pays.
Personne ne le fera à notre place. Ce sont les démocrates qui défendent la démocratie, et ce sont les citoyens qui développent leur pays.
L’irruption de Pastef sur la scène nationale et son accession aux majorités institutionnelles constituent une parfaite illustration des processus totalitaires analysés et documentés par Hannah Arendt dans ses différents ouvrages.
La majorité pastefienne est également un miroir tendu à nous-mêmes : un miroir de nos errances politiques et idéologiques, de nos abandons successifs de l’éveil de la conscience citoyenne démocratique des populations, ainsi que de certains opportunismes collaborationnistes. Un miroir qui nous parle à chaque fois que l’histoire bégaie.
Pastef a prospéré sur un espace politique déserté par de nombreux esprits éclairés, mais aussi sur un clientélisme politique tous azimuts entretenu par certains leaders de l’ancienne majorité. La nature ayant horreur du vide, des marchands d’illusions ont proliféré dans le paysage public sénégalais, notamment dans les médias, pour assurer le service après-vente de l’escroquerie politique du populisme pastefien.
C’est pourquoi l’urgence de la reconquête démocratique de nos institutions passe nécessairement par un engagement politique et citoyen de toutes les consciences démocrates partageant un même horizon républicain. Ce front républicain, pluriel et démocratique, constitue historiquement la réponse la plus adaptée au populisme. Il appartient désormais à la gauche démocratique d’en être un moteur déterminant.
Cheikh BA Coordinateur du collectif citoyen et politique de la diaspora pour la reconquête démocratique au Sénégal
Membre APR Diaspora
