Dernière sortie de Sonko: La justice et la tentation du bras de fer
Le Premier ministre Ousmane Sonko a de nouveau fait parler de lui à la suite du verdict rendu par la Cour suprême dans le dossier qui l’oppose à Mame Mbaye Niang, ancien ministre sous Macky Sall. Un procès emblématique, né d’accusations de « diffamation », qui s’inscrit dans une longue série de confrontations entre l’homme politique et les institutions de la République.
En réaction à la décision défavorable de la plus haute juridiction du pays, Sonko a tenu mardi, des propos pour le moins hallucinants:
« Des magistrats corrompus pour des terrains. D’anciens dignitaires du régime Macky Sall promus dans l’actuel régime…Aucune décision de justice ne m’empêchera d’être candidat à une prochaine élection au Sénégal.»
Ces déclarations, aussi fracassantes qu’inattendues de la part d’un chef de gouvernement, ont immédiatement suscité une onde de choc dans les milieux politiques et judiciaires. Elles traduisent un climat de suspicion généralisée autour de l’indépendance de la justice et posent une question fondamentale : peut-on diriger un État en contestant publiquement ses institutions ?
Sonko, entre révolte et incohérence
Ousmane Sonko, longtemps perçu comme le héro de l’éthique et de la rupture, semble aujourd’hui pris dans une spirale de défiance institutionnelle qui inquiète jusque dans ses propres rangs. En désignant des magistrats comme « corrompus », en accusant son propre régime de recycler des figures de l’ancien pouvoir, et en affirmant qu’il ne se soumettra pas aux décisions judiciaires, il brouille les lignes entre contestation politique légitime et affaiblissement des piliers républicains.
Son rôle de Premier ministre, qui exige retenue, respect des équilibres institutionnels, solidarité gouvernementale et autorité morale, semble mis à mal par une posture de combat permanent. Une posture certes fidèle à son ADN politique peut-être, mais qui devient difficilement tenable lorsqu’on incarne l’État.
Un verdict, un symbole
Le jugement rendu contre lui n’est pas seulement une affaire de diffamation : il cristallise un affrontement plus large entre deux visions du pouvoir. L’une, juridique et républicaine, appelle au respect des lois et des décisions de justice, même lorsqu’elles sont défavorables. L’autre, populiste et vindicative, mobilise une partie du peuple contre des institutions perçues comme dévoyées.
Le paradoxe est grand; Ousmane Sonko est désormais aux commandes d’un État dont il continue de contester le fonctionnement. Il est à la fois juge et partie, opposant et gouvernant. Ce double jeu affaiblit non seulement sa crédibilité, mais écorne aussi l’image d’un Sénégal qui aspire à la stabilité et à la restauration de la confiance entre les citoyens et leurs institutions.
Une alerte pour le président FAYE
Cette séquence politique met également à l’épreuve l’autorité du président Bassirou Diomaye Faye. Car lorsqu’un Premier ministre en vient à défier la justice, à dénoncer la continuité de l’ancien système et à affirmer qu’il sera candidat contre vents et marées, c’est tout l’édifice institutionnel qui s’écroule.
Le chef de l’État devra clarifier les lignes : jusqu’où ira-t-il dans sa tolérance envers les prises de position de son Premier ministre ? Et surtout, quelle est sa vision du fonctionnement républicain et de l’État de droit ?
Il ne s’agit pas ici de juger Ousmane Sonko, mais de constater que l’heure est grave et qu’il est venu le moment de choisir entre deux logiques : celle de l’insurrection permanente ou celle de la construction républicaine. Le Sénégal ne peut être gouverné durablement sur fond de méfiance, d’outrance verbale et de défi institutionnel. Gouverner, c’est aussi faire preuve de responsabilité, de dépassement. Et c’est peut-être cela, le vrai tournant qu’attendent les Sénégalais.
Mamadou Biguine Gueye
Journaliste
