Décision controversée de la CAF: Le réquisitoire sévère de Claude Leroy

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Claude Leroy

Une volée de bois verts sur la CAF et son jury d’appel ; c’est ce qui a été offert à l’instance confédérale africaine à la suite du verdict qui détrône le Sénégal. « La CAF est pourrie », a tonné le secrétaire général de la fédération sénégalaise de football Abdoulaye Sow. Mais c’est Claude Leroy qui va plus loin dans sa critique.

« Est-ce que tout le monde doit souffrir parce que le Sénégal a gagné la CAN masculine ? Si le Sénégal n’avait pas remporté la finale, serions-nous encore dans cette incertitude sur la CAN féminine ? », avait lâché le ministre sud-africain des Sports, Gayton McKenzie, avec un sous-entendu lourd de sens. Cette attitude boudeuse pour les uns, ce chantage pour les autres a pu contribuer au verdict de la CAF, qui s’est toutefois, rappelons-le, appuyée sur des articles du règlement de la CAN pour revoir son jugement.

Mais, comme souvent, “le diable” est dans les détails, et dans l’interprétation. Et ces deux lectures radicalement opposées à quelques semaines d’intervalle prouve qu’il est possible de faire dire à peu près tout et son contraire à certains textes qu’il serait peut-être bon de réviser. Mais c’est l’ancien sélectionneur d’une dizaine d’équipes nationales dont le Sénégal, le Cameroun, les deux Congo (RDC et Brazzaville), Togo et bien d’autres encore, Claude Leroy, qui met les pieds dans le plat en qualifiant cette décision de stupidité à nulle autre pareille

Pour l’ancien entraîneur français, qui a dirigé six sélections africaines, l’incompréhension est totale. Et, il s’est bien épanché sur l’antenne de France 24. « Un ancien président de la République française aurait dit qu’elle est abracadabrantesque, qu’elle est grand-guignolesque. Elle est d’une stupidité à nulle autre pareille », a-t-il déclaré, passablement agacé. « On voit comment cette Confédération africaine de football navigue à vue, sans aucune idée, sans aucune perspective, au hasard des influences et quelquefois des émotions », a également expliqué le technicien français.

« Les Marocains avaient organisé une très belle Coupe d’Afrique des nations dans des conditions parfaites, cela a été bousillé par ce dernier quart d’heure », estime Claude Le Roy. « Dans un premier temps, tout était revenu dans l’ordre, mais là, ils mettent encore un petit peu de mal sur la plaie cicatrisée. Il la réouvre complètement et c’est terrible pour l’image du football africain », constate cette légende du foot africain.

Selon le technicien français, les marocains « ont fait ce recours d’une façon un peu formelle au départ par rapport à leur opinion publique, parce que c’est vrai qu’il y a 50 ans qui courent derrière (ce titre, NDLR). Mais aujourd’hui, cette décision ne les grandit pas. On a vu dans le premier communiqué de la Fédération royale marocaine qu’ils se sentent quand même gênés », ajoute-t-il.

Dans sa diatribe, cet ancien entraineur devenu consultant, n’a pas raté également le président de la FIFA, Gianni Infantino, qui en a lui aussi pris pour son grade. « Deux ex machina du football mondial ». Selon lui, il se permet de diriger « les phases finales de Coupe d’Afrique des Nations alors qu’il n’oserait même pas intervenir sur un championnat d’Europe ou sur une Copa America » dans le but de peser sur sa réélection en 2027. Il y a 54 voix sur le continent africain (soit un quart des voix, NDLR), donc cela compte beaucoup », souligne-t-il.

Claude Le Roy estime en tout cas que cette nouvelle affaire est un énième épisode qui va détériorer le football africain. La Coupe d’Afrique des nations féminine, qui devait débuter le 17 mars, a été officiellement reportée à juillet/août 2026 sur une décision tardive, officialisée le 5 mars, sans que la Confédération africaine de football ne donne d’explications.

« En quinze jours, cela a été reporté, comme si on pouvait dans un autre continent mépriser des équipes, des joueuses, des staffs, des dirigeants qui préparent cela depuis des mois », regrette Claude Le Roy. « Le patron de la CAF Patrice Motsepe n’est que le vassal de Monsieur Infantino. Ils ont tous les droits et ils adressent un mépris incroyable à tous les footballeurs et responsables du football en Afrique qui méritent beaucoup mieux que ces irresponsables », assène Claude Le Roy.

Très remonté devant le spectacle fourni par la FIFA, la CAF et leurs décideurs il a lâché sans langue de bois : « On a tous honte de ces décisions grand-guignolesques » de la part « d’incompétents qui dirigent le football africain. C’est effectivement un sentiment de tristesse par rapport à la façon dont certains s’ingénient à abimer l’image de ce continent », a fustigé Claude Leroy.

Selon lui, le patron du foot mondial est rhabillé pour l’hiver : « Il joue les matadors sur le continent africain parce qu’avec l’argent de la Fifa, il peut acheter et utiliser un peu la cupidité de certains dirigeants de ce continent. Ça fait des voix pour l’élection à la présidence de la FIFA. Son comportement est indigne. On a tous honte de cette décision aujourd’hui. Je lisais le communiqué de la Fédération royale marocaine ; même elle a l’air un petit peu gênée ».

« Ce continent mérite autre chose, il faut arrêter »

La décision prise quasiment deux mois jour pour jour après la finale sidère Claude Le Roy. « Cela ne peut arriver nulle part ailleurs que sur ce continent. Il faut arrêter. Ce continent mérite autre chose, déplore-t-il. On a vu que le Maroc était capable d’organiser une Coupe d’Afrique des Nations sur les stades, les terrains d’entraînement, les transports, les conditions hôtelières de très haut niveau mondial. Il ne faut pas que des bons à rien, des incompétents abîment l’image donnée par ce qu’il y avait comme qualité sur les terrains. »

Pour Claude Leroy, « personne, personne ne peut envisager que le Sénégal ne soit pas maintenu comme champion d’Afrique ». Il ne peut en être autrement, « d’autant plus que, pour des raisons juridiques, s’ils (les joueurs sénégalais, NDLR) étaient restés plus de quinze minutes (hors du terrain, NDLR) », la CAF aurait eu un argument solide à faire valoir contre Pape Thiaw et ses hommes. « Mais ils sont restés douze minutes », poursuit Claude Le Roy. Mais à son avis, le Tribunal arbitral du sport reviendra sur cette décision.

Cette soirée du 17 mars 2026 restera donc marquée par cette décision « qui vient de nulle part, que personne ne peut expliquer, qui ne repose sur rien », grince Claude Le Roy, persuadé que cette histoire ne peut pas s’arrêter ainsi. « Jamais les Marocains ne pourront être sacrés champions d’Afrique. Personne, nulle part sur le continent, personne n’acceptera ça. Personne », martèle l’entraîneur.

Désormais, la Fédération sénégalaise de football a dix jours pour faire appel de la décision du jury d’appel de la CAF auprès du Tribunal arbitral.

Cheikh Fantamady Keita

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