Crise universitaire : les dérives d’un Premier ministre hors de son rôle
Le Sénégal traverse actuellement une crise universitaire sérieuse, née des revendications estudiantines relatives à une réforme jugée hâtive et mal concertée concernant le rappel des bourses d’études. Dans un contexte aussi sensible, la responsabilité du Premier ministre aurait dû être d’apaiser, de dialoguer et d’ouvrir de larges concertations avec les acteurs concernés. Or, la posture adoptée par Ousmane Sonko révèle au contraire une méconnaissance préoccupante de son rôle institutionnel.
Une crise sociale traitée avec légèreté
Face à une réforme qui touche directement la survie sociale de milliers d’étudiants, l’attente était claire : concertations inclusives, écoute des syndicats d’étudiants, implication des autorités universitaires et recherche de solutions consensuelles. Au lieu de cela, le Premier ministre s’est contenté, depuis une tournée politique sans portée gouvernementale réelle, d’enjoindre les étudiants à regagner les amphithéâtres, comme si la crise n’était qu’un simple caprice ou une agitation sans fondement.
Cette attitude traduit une approche autoritaire et déconnectée des réalités universitaires. On ne décrète pas la fin d’une crise sociale par une simple injonction politique, encore moins depuis des tribunes partisanes.
Confusion entre rôle politique et responsabilité gouvernementale
Le Premier ministre n’est pas un chef de parti en campagne permanente. Il est le chef du gouvernement, responsable de l’action administrative, économique et sociale de l’État. En menant des tournées dites “politiques” pendant qu’une crise majeure secoue l’université sénégalaise, Ousmane Sonko entretient une confusion dangereuse entre militantisme et gouvernance.
Son rôle n’est ni de sermonner, ni de polariser davantage le débat public, mais de coordonner l’action gouvernementale, d’anticiper les tensions sociales et d’y apporter des réponses structurées et responsables.
Une posture de confrontation permanente
Depuis sa prise de fonction, le Premier ministre semble privilégier la confrontation à la concertation. Cette méthode, peut-être efficace dans l’opposition, devient contre-productive une fois aux commandes de l’État. Gouverner exige retenue, sens de l’État et respect des institutions sociales, notamment l’université, pilier de la formation des élites et de la stabilité nationale.
En ignorant la profondeur du malaise étudiant et en réduisant leurs revendications à une simple question de discipline académique, le Premier ministre fragilise la paix sociale et hypothèque l’avenir du dialogue entre l’État et la jeunesse.
La responsabilité du Président de la République
Face à ces dérives, le silence ou l’inaction du Président de la République ne saurait durer. Garant du bon fonctionnement des institutions, il lui revient de rappeler le Premier ministre à ses obligations ou, si nécessaire, d’en tirer les conséquences politiques.
Un Premier ministre incapable d’apaiser les tensions sociales, de dialoguer avec les forces vives de la nation et de se conformer à son rôle institutionnel devient un facteur d’instabilité. Dans un contexte aussi délicat, le Sénégal ne peut se permettre une gouvernance approximative et conflictuelle.
En définitive, la crise universitaire actuelle met en lumière les limites d’Ousmane Sonko à la tête du gouvernement. Incompétence dans la gestion sociale, confusion des rôles, absence de concertation et posture clivante : autant d’éléments qui interrogent sérieusement sa capacité à diriger l’action gouvernementale.
Il est temps que le Président de la République prenne pleinement ses responsabilités pour préserver la stabilité sociale, restaurer le dialogue et garantir une gouvernance respectueuse des institutions et des citoyens.
Mamadou Biguine Gueye
Journaliste consultant en communication
