Coin d’histoire: Rapports de Faidherbe et Gafferel à propos de la défaite coloniale française à Ngol-Ngol
À propos de la bataille du 23 décembre 1863 de Ngol-Ngol, où Lat Joor a décimé les troupes coloniales françaises, Louis Léon César Faidherbe, gouverneur de la colonie du Sénégal de 1854 à 1861 puis de 1863 à 1865 écrit :

«L’adjudant Guichard et les sept canonniers sous ses ordres furent hachés sur leur pièce. Les tirailleurs furent tués, et quelques-uns réussirent à s’esquiver en jetant leur fusil et leurs vêtements. Parmi les tués, se trouvait le pauvre sergent Vincent, qui avait été mon compagnon à Matam, et le grand Syra-Ira, celui qui buvait si bien mon vermout.
Le capitaine Chevrel fut massacré sur son cheval à coups de lance. En vain le peloton de spahis tenta une charge pour dégager une partie des tirailleurs. Saint-Victor, le sous-lieutenant, fut tué avec quatre de ses hommes, et les survivants durent s’ouvrir un chemin sanglant pour rentrer à Nguiguis, poursuivis sur toute la route par une nuée d’ennemis.
Le maréchal des logis Bancal reçut une balle dans la gorge. M. Lorans, blessé et ayant eu son cheval tué sous lui, fut pris en croupe par un spahis qui fut tué, puis par un autre, et reçut enfin un coup de feu qui le fit tomber raide mort.
Aimé, le commis de marine, qui avait tenu à suivre en amateur, fut tué dès le premier moment. Seuls, Berger, le médecin, et Gottsmann, réussirent à s’échapper sains et saufs de cette affreuse mêlée où ils ne pouvaient absolument rien, séparés dès le début de leurs hommes.
Somme toute, il ne rentra à Nguiguis que 20 spahis, dont 8 blessés, l’officier, le docteur et 6 tirailleurs.»
« L’ennemi se trouva plus nombreux qu’on ne le croyait. L’armée alliée, composée de gens peu aguerris, fit une molle résistance en perdant du terrain, de sorte que la petite troupe du capitaine Lorans eut tous les hommes à pied de l’ennemi sur les bras, en même temps qu’une nombreuse cavalerie, débordant les deux ailes, l’entourait complètement.
Tout le monde comprit qu’il n’y avait plus qu’à mourir dignement. Le capitaine Lorans et le capitaine de tirailleurs Chevrel, démontés tous les deux, et ce dernier blessé, assistèrent stoïquement, jusqu’à ce qu’ils fussent tués eux-mêmes, à la destruction de leurs hommes, tirailleurs et ouvriers, qui combattaient jusqu’au dernier soupir. »
Le Sénégal, p.271
Quant au bilan humain désastreux de la bataille pour la colonie, il écrit que:
« Depuis vingt-cinq ans, Lat dior nous avait toujours combattu, soit par les armes, soit par ses agissements.
Il nous infligea autrefois un désastre sanglant à Ngol Ngol, où cent trois de nos hommes sur cent quarante restèrent sur le terrain ; en 1869, ses cavaliers détruisirent presque entièrement à Mékhé l’escadron de spahi sénégalais…».
Le Sénégal, la France dans l’Afrique Occidentale », page 443
Et l’administrateur Paul Gafferel de déclarer :
« La défaite de Ngolgol eut un retentissement extraordinaire au-delà même du Cayor. Du jour au lendemain Lat Dior se trouva le chef incontesté de toute la région, et tous les mécontents se groupèrent autour de lui. Il eut bientôt rassemblé une armée considérable, et vint nous provoquer jusque sur notre territoire.»
Le Sénégal et le Soudan français, p.119
Sources:
Sabatier, A. 1925. Le Sénégal : sa conquête & son organisation (1364-1925), Imprimerie du Gouvernement: Saint-Louis.
Saint-Martin Y. J. 1989 Le Sénégal sous le second Empire, Karthala: Paris
Thilmans G. Rosière P. 2007 Les Spahis sénégalais, Édition du Musée Historique du Sénégal (Gorée) IFAN: Dakar.
