À Keur Socé dans le département de Kaolack, la question de l’eau prend une nouvelle tournure. Réunis jeudi à Ndioufène, les représentants des 71 villages de la commune ont élevé la voix contre la fermeture annoncée de plusieurs puits et mini-forages. Derrière cette mobilisation, les populations mettent en avant les importants investissements consentis par les communautés pour réhabiliter et raccorder ces ouvrages aux réseaux de distribution.

Brassards rouges au bras, les représentants des 71 villages de Keur Socé ont voulu donner un signal fort. À Ndioufène, ils ont organisé un point de presse pour dénoncer la fermeture annoncée de plusieurs ouvrages hydrauliques et attirer l’attention des autorités sur les conséquences que cette décision pourrait avoir sur l’approvisionnement en eau.
Pour le collectif pour la défense des intérêts de la commune, l’enjeu est d’autant plus important que ces installations sont, selon les populations, le résultat d’efforts financiers consentis directement par les communautés.
Plus de 50 millions FCFA investis par les communautés
Selon les responsables du collectif, plus de 50 millions de francs CFA auraient été mobilisés par les populations pour réhabiliter des puits et mini-forages et les raccorder aux réseaux de distribution. Des investissements qui, d’après eux, bénéficient à près de 20 000 habitants répartis dans plusieurs localités de la commune.
Ousmane Konté, porte-parole du collectif, considère ces ouvrages comme un patrimoine communautaire devenu indispensable à la vie quotidienne des populations.
«« Ces forages constituent le fruit d’un investissement collectif. Ces infrastructures ont été réalisées grâce aux sacrifices des populations. Les fermer reviendrait à condamner les 71 villages qui en dépendent », a-t-il soutenu.»
Pour Moctar Thiam, membre du collectif, la question ne se limite donc pas au fonctionnement technique des installations. Elle concerne également la préservation des investissements réalisés par les communautés et la continuité du service d’eau.
La décision de FLEX-EAU au cœur de la contestation
La colère des populations fait suite, selon plusieurs témoignages recueillis lors de la rencontre, au passage récent d’une délégation de FLEX-EAU dans plusieurs villages. Cette délégation aurait été accompagnée du sous-préfet de Ndiédieng et de forces de l’ordre pour informer les habitants d’une décision concernant certaines installations hydrauliques.
Une démarche qui a provoqué incompréhension et inquiétude dans les villages concernés.
Les populations contestent par ailleurs des accusations qu’elles attribuent à FLEX-EAU concernant le retrait de branchements de la société. Le collectif demande que toute la lumière soit faite sur cette situation et souhaite que les différentes parties soient entendues autour d’une table.
L’accès à l’eau, une préoccupation quotidienne
Au-delà du bras de fer autour des ouvrages, les représentants des villages insistent sur les difficultés déjà rencontrées par certaines populations pour accéder régulièrement à l’eau.
Selon Moctar Thiam, certaines localités seraient contraintes d’attendre jusque tard dans la nuit pour disposer de l’eau. Une situation qui, selon les populations, justifie davantage le maintien et la sécurisation des ouvrages existants.
« L’eau est vitale et quiconque tente de nous en priver nous trouvera sur son chemin. Nous sommes déterminés à mener ce combat jusqu’au bout », a déclaré Ousmane Konté.
Le collectif réclame ainsi le renforcement de l’approvisionnement, la réhabilitation des ouvrages, la sécurisation des puits, une meilleure distribution ainsi qu’un contrôle de la qualité de l’eau.
Les autorités interpellées
Face à la montée de la tension, les représentants des 71 villages appellent les pouvoirs publics à intervenir pour éviter une aggravation de la situation.
Le collectif sollicite notamment l’intervention du président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, du ministre chargé de l’Hydraulique et de l’Assainissement, des autorités administratives et des élus locaux.
Les populations souhaitent surtout l’ouverture d’un dialogue permettant de trouver une solution durable à la problématique de l’eau dans la commune.
Une marche annoncée
La mobilisation pourrait prendre une nouvelle dimension dans les prochains jours. Moctar Thiam annonce en effet une marche pacifique à travers la commune si aucune réponse satisfaisante n’est apportée aux revendications du collectif.
À Keur Socé, le message des populations est donc clair : au-delà du maintien des mini-forages et des puits, elles demandent la sécurisation de leurs investissements et surtout une réponse durable aux difficultés d’accès à l’eau dans les 71 villages.
Mouhamed Moustapha Camara
Correspondant à Kaolack
