Le collectif «Sunu 37 milliards» remet sur la table plusieurs zones d’ombre dans le dossier du projet d’électrification rurale de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER). Dans un communiqué publié le 6 septembre 2026, le collectif s’interroge notamment sur la gestion de l’avance de 37 milliards de francs CFA, les relations entre les différents protagonistes, les garanties bancaires, les accusations de surfacturation ainsi que le rôle de plusieurs responsables cités dans le dossier. Il réclame que toute la lumière soit faite sur les responsabilités, tout en appelant à distinguer les accusations des faits judiciairement établis.
Le dossier des 37 milliards de francs CFA liés au projet d’électrification rurale de l’ASER continue de susciter interrogations et controverses. Dans un communiqué rendu public dimanche, le collectif « Sunu 37 milliards » revient sur la chronologie des événements et interpelle les différents acteurs impliqués dans cette affaire.
Au cœur des interrogations figure notamment la gestion de l’avance versée dans le cadre du contrat avec AEE Power EPC. Le collectif affirme que le directeur général de l’ASER, Jean Michel Sène, avait rencontré Seydou Kane le 2 août 2024. Selon le communiqué, ce dernier aurait alors alerté le DG sur la nécessité de vérifier la validité des garanties bancaires ainsi que l’utilisation de l’avance de démarrage.
Trois jours plus tard, le 5 août, Jean Michel Sène aurait écrit à José, représentant d’AEE Power EPC, afin d’obtenir des explications sur les dépenses effectuées et le solde disponible. Le collectif affirme que la réponse reçue le 7 août n’aurait pas apporté les éléments demandés sur l’utilisation des 37 milliards.
Autre étape relevée dans la chronologie : le 27 août, avec l’annonce d’une renégociation du contrat entre l’ASER et AEE Power EPC. Pour « Sunu 37 milliards », cette succession d’événements appelle des éclaircissements sur l’évolution des relations entre les différentes parties et sur les décisions prises au fil de la procédure.
Des accusations de surfacturation à clarifier
Le collectif revient également sur les accusations de surfacturation évoquées dans le dossier. Il cite notamment les déclarations attribuées à Jean Michel Sène concernant le prix des poteaux en béton, qui auraient été facturés à environ 1 million de francs CFA l’unité, contre un coût estimé à 200 000 francs CFA, soit, selon les accusations rapportées, une surfacturation évaluée à 15,3 milliards de francs CFA.
Le collectif relève toutefois une divergence dans les différentes versions publiques. Lors d’une interview accordée à Walf Quotidien, José n’aurait pas évoqué cette question de surfacturation, tout en reconnaissant, selon le communiqué, un rôle important de Seydou Kane dans les démarches administratives liées au projet.
Sur ce point, « Sunu 37 milliards » appelle à la prudence et à l’établissement des faits par les instances compétentes. Les accusations, contestations et déclarations des protagonistes ne sauraient, à elles seules, tenir lieu de conclusions judiciaires.
Des responsabilités politiques dans le débat
Le volet politique n’est pas absent du communiqué. Le collectif évoque notamment les déclarations de José concernant l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko. Selon la version rapportée, celui-ci aurait été impliqué dans certaines démarches administratives liées aux exonérations prévues par le contrat.
Le collectif estime que ces déclarations doivent également être examinées à la lumière des responsabilités institutionnelles de chacun et des procédures effectivement suivies.
D’autres noms apparaissent également dans le communiqué, notamment ceux d’Abass Fall et d’El Hadji Talla Diop. Sur ce dernier point, « Sunu 37 milliards » demande que soient clarifiées les circonstances entourant la vérification d’une quittance fiscale présentée dans le dossier, ainsi que l’identité du service compétent et les éléments techniques ayant conduit à sa qualification éventuelle de « faux ».
L’Agent judiciaire de l’État interpellé
Le collectif s’interroge, par ailleurs, sur le rôle de l’Agent judiciaire de l’État (AJE), qui aurait initialement été constitué partie civile dans le dossier avant de ne plus apparaître dans la procédure telle qu’elle est aujourd’hui évoquée publiquement.
Pour « Sunu 37 milliards », cette évolution mérite une explication afin de comprendre la stratégie judiciaire retenue et le positionnement de l’État dans cette affaire.
«Où sont passés les 37 milliards ?»
Au-delà des noms et des accusations croisées, le collectif estime que la priorité doit rester la clarification de l’utilisation des fonds publics et l’évaluation des résultats du projet d’électrification rurale.
Où sont passés les 37 milliards ? Pourquoi les résultats attendus du projet ne sont-ils pas au rendez-vous ? Qui a pris les décisions déterminantes ? Et quelles responsabilités devront, au terme des investigations, être retenues ?
Autant de questions auxquelles les Sénégalais attendent des réponses. Pour le collectif « Sunu 37 milliards », seule une procédure transparente et rigoureuse permettra de lever les nombreuses zones d’ombre qui entourent encore le dossier ASER.
Abdou Latif NDIAYE
