Le Sénégal se trouve aujourd’hui à un moment décisif de son histoire sociale. L’adoption
des nouveaux Codes relatifs au travail et à la protection sociale ouvre une nouvelle étape
pour notre pays. Elle intervient toutefois dans un contexte où les organisations de
travailleurs et les organisations d’employeurs ont exprimé des réserves et des
préoccupations sur certaines dispositions.
Ces réserves ne doivent pas conduire à la rupture. Elles doivent, au contraire, être
considérées par le Gouvernement comme une invitation à poursuivre sans délai la
concertation, à examiner les difficultés soulevées et à rechercher, avec les partenaires
sociaux, les ajustements nécessaires.
La réforme est nécessaire. Mais sa réussite dépendra de sa compréhension, de son
appropriation et de la qualité de sa mise en œuvre. L’adoption des Codes ne doit donc pas
être considérée comme l’aboutissement du processus. Elle doit ouvrir une nouvelle phase de
dialogue consacrée à leur mise en œuvre, à leur évaluation et même, au besoin, à leur
adaptation.
L’OIT nous rappelle que le dialogue social doit toujours reposer sur la négociation, la
consultation et l’échange d’informations entre le Gouvernement, les employeurs et les
travailleurs, dans un esprit de bonne foi, de respect mutuel et de recherche du compromis.
Le tripartisme ne suppose pas l’absence de divergences. Il offre précisément le cadre
permettant de les confronter dans un esprit de responsabilité et de rechercher des compromis
acceptables et durables.
J’en appelle donc à l’État et, à l’instar de toutes les forces éprises de paix sociale et de
stabilité, à poursuivre sans relâche l’écoute, l’explication et la concertation avec les
partenaires sociaux. J’en appelle aux organisations de travailleurs pour qu’elles poursuivent
avec détermination la défense des droits et des acquis des salariés tout en participant à la
recherche de solutions négociées. J’en appelle également aux organisations d’employeurs
pour qu’elles défendent la compétitivité et le développement de l’entreprise tout en
contribuant au renforcement du travail décent et de la protection sociale.
La question de l’IPRES s’inscrit elle aussi dans cette exigence de dialogue et de
responsabilité. L’autonomie de gestion, l’effectivité du paritarisme, la protection des
réserves et la transparence de la gouvernance doivent demeurer des exigences essentielles
pour garantir durablement les pensions et renforcer la confiance des travailleurs, des
employeurs et des retraités.
Le Sénégal dispose d’une expérience importante en matière de dialogue social. Nous ne
devons pas laisser les tensions actuelles effacer cet acquis. Nous devons, au contraire, nous
en inspirer pour donner une nouvelle force au tripartisme, en le rendant plus régulier, plus
transparent, plus participatif et plus responsable.
C’est pourquoi je lance un appel solennel à l’État, aux travailleurs et aux employeurs : ne
laissons pas les réserves se transformer en rupture. Retrouvons-nous autour de la mêm
Mansour Sy, ancien Ministre
