Tabaski sans salaire: Les oubliés de l’AGEROUTE explosent de colère
À quelques semaines de la Tabaski, les agents chargés de réguler la circulation sur le chantier de la Route des Niayes tirent la sonnette d’alarme. Réunis à Thiaroye devant le commissariat, ces travailleurs dénoncent quatre mois d’arriérés de salaire, l’absence de contrats de travail et des indemnités impayées depuis deux ans. Une détresse sociale qui menace désormais de virer au bras de fer administratif.
Sous le soleil écrasant de Thiaroye, la colère ne se cache plus derrière les brassards rouges. Mercredi, des dizaines d’agents affectés au projet de la Route des Niayes se sont regroupés devant le commissariat pour dénoncer une situation qu’ils jugent « intenable ». Depuis quatre mois, ces hommes chargés de fluidifier la circulation et d’assister les Forces de défense et de sécurité (FDS) affirment n’avoir perçu aucun salaire.
Entre embouteillages à maîtriser, sécurité des usagers et gestion des chantiers, leur présence est quotidienne sur le terrain. Mais derrière les gilets fluorescents, les difficultés sociales s’accumulent. « Nous travaillons chaque jour, mais nos familles souffrent. La Tabaski approche et nous ne savons même pas comment nourrir nos enfants », lâche un agent visiblement éprouvé.
Face au silence qu’ils dénoncent de la part de leur hiérarchie, les travailleurs ont décidé de passer à l’offensive administrative. Une lettre de réclamation a été adressée au préfet de Dakar afin d’alerter les autorités sur leurs conditions. Les agents réclament le paiement immédiat des arriérés couvrant les mois de février, mars, avril et mai 2026, ainsi que la régularisation de leur situation contractuelle.
Car au-delà des retards de salaire, les agents pointent une autre anomalie majeure : l’absence totale de contrats de travail écrits. Selon eux, malgré plusieurs mois d’activité sur le chantier, aucun document officiel ne leur a été remis pour formaliser leur embauche. Une situation qu’ils considèrent comme une violation flagrante du droit du travail.
Dans leur correspondance adressée au préfet, les travailleurs posent également leurs conditions : paiement régulier des salaires au plus tard le 10 de chaque mois, signature immédiate des contrats et règlement des indemnités impayées depuis deux ans. À défaut, ils menacent de saisir l’Inspection du Travail et le Conseil des Prud’hommes.
Sur le terrain, les frustrations se concentrent aussi autour de la gestion du dossier. Les agents expliquent que leur principal interlocuteur sur le projet reste un certain Mamadou Mballo, présenté comme le relais historique entre les travailleurs et l’AGEROUTE. Mais selon plusieurs témoignages, le dialogue serait aujourd’hui rompu, laissant les agents sans réponse face aux retards accumulés.
À l’approche de l’Aïd al-Kabir, la tension sociale prend une dimension encore plus sensible. Pour ces pères de famille, l’impossibilité de préparer la fête religieuse symbolise surtout un profond sentiment d’abandon. « Nous ne demandons pas la charité. Nous voulons simplement être payés pour le travail que nous faisons », martèle un porte-parole du collectif.
À Thiaroye, le cri des agents dépasse désormais le simple cadre d’un conflit salarial. Il pose une question plus large : celle de la reconnaissance des travailleurs de l’ombre qui, chaque jour, assurent la sécurité et la fluidité sur les grands chantiers routiers du pays.
Abdou Latif NDIAYE
