Justice: La Cour suprême ordonne la libération de Farba Ngom, revers symbolique pour le pouvoir
Après plus d’un an de détention dans le cadre d’une vaste enquête pour blanchiment présumé de 120 milliards de FCFA, le député-maire et figure influente de l’APR, Mouhamadou Ngom dit Farba, retrouve la liberté sur décision définitive de la Cour suprême. Une décision judiciaire qui relance le débat sur la reddition des comptes et fragilise politiquement la stratégie du Premier ministre Ousmane Sonko.
La Cour suprême a définitivement tranché. Ce 28 avril 2026, la haute juridiction a ordonné la libération de Mouhamadou Ngom, plus connu sous le nom de Farba Ngom, député-maire et proche de l’ancien président Macky Sall.
En confirmant l’ordonnance de la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Dakar, qui avait déjà statué en janvier dernier en faveur d’une liberté provisoire, la Cour suprême met fin à un long bras de fer judiciaire opposant l’élu de l’Alliance pour la République (APR) au parquet du Pool judiciaire financier.
Le procureur de la République avait contesté cette décision, estimant que les charges pesant sur l’ancien puissant responsable politique justifiaient le maintien en détention. Mais la plus haute juridiction du pays, statuant en dernier ressort, a validé la remise en liberté du responsable politique, mettant ainsi un terme à plus d’un an d’incarcération.
Farba Ngom avait été placé sous mandat de dépôt en février 2025 dans le cadre d’une enquête portant sur plusieurs infractions présumées, notamment association de malfaiteurs en vue de blanchiment, blanchiment de capitaux et escroquerie portant sur les deniers publics.
Au cœur du dossier figure un signalement de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), qui évoquait des transactions suspectes entre plusieurs de ses sociétés immobilières et le Trésor public, pour un montant estimé à 120 milliards de FCFA.
Cette affaire avait rapidement pris une dimension hautement politique. Le régime en place, porté par Ousmane Sonko, entendait en faire l’un des dossiers emblématiques de sa politique de reddition des comptes et de lutte contre la corruption, promise comme un marqueur fort de la rupture avec l’ancien système.
La libération de Farba Ngom apparaît dès lors comme un sérieux revers symbolique pour l’exécutif. Pour une partie de l’opinion, cette décision judiciaire affaiblit la portée politique de cette opération présentée comme exemplaire. Pour ses soutiens, elle rappelle surtout que la justice doit rester indépendante des agendas politiques.
Du côté de l’APR, cette décision est vécue comme une victoire judiciaire et politique. Les proches de l’ancien parti présidentiel dénonçaient depuis plusieurs mois un « acharnement » contre l’un de leurs principaux responsables.
Si Farba Ngom recouvre aujourd’hui la liberté, le fond du dossier judiciaire reste, lui, entier. L’affaire continue de cristalliser les tensions entre justice, politique et opinion publique dans un contexte où la promesse de transparence et de redevabilité demeure au centre des attentes citoyennes.
Au-delà du cas Farba, c’est toute la crédibilité du processus de reddition des comptes qui se retrouve désormais observée de près.
Abdou Latif NDIAYE
