Convocation d’Ibrahima Lissa Faye : le CDEPS dénonce une dérive et exige la transparence sur le FADP
Le Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal (CDEPS) monte au créneau après la convocation du journaliste Ibrahima Lissa Faye à la Sûreté urbaine ce mardi 31 mars 2026 à 15 heures. L’organisation dénonce une tentative d’intimidation et pointe une gestion «déséquilibrée et opaque» du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP).
La tension monte entre les autorités en charge de la communication et les acteurs de la presse. Dans un communiqué ferme, le Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal (CDEPS) exprime son «soutien total et sans réserve» au journaliste Ibrahima Lissa Faye, convoqué ce mardi à la Sûreté urbaine, à la suite de ses prises de position sur la gestion du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP).
Pour le CDEPS, cette convocation intervient dans un contexte préoccupant, où «l’analyse critique de la gestion des ressources publiques» semble désormais exposer les journalistes à des pressions. Une situation jugée incompatible avec les principes fondamentaux d’un État de droit.
Une répartition contestée du FADP
Au cœur de la polémique : la gestion du FADP 2025. Selon les chiffres avancés, un montant global de 1,9 milliard FCFA a été mobilisé. Mais la répartition de cette enveloppe suscite de vives critiques.
Le CDEPS dénonce une concentration «préoccupante» des ressources au profit des structures publiques et parapubliques. En effet, 42,2 % du budget, soit plus de 801 millions FCFA, auraient été alloués à des médias publics et à des organes de gouvernance. Une situation d’autant plus contestée que ces entités bénéficient déjà de financements directs de l’État.
Dans le détail, des organes comme l’APS, Le Soleil et la RTS capteraient à eux seuls plus d’un quart de l’enveloppe globale, accentuant un déséquilibre structurel dans un dispositif initialement conçu pour soutenir la presse privée.
Des pratiques jugées irrégulières
Plus grave encore, l’organisation fait état d’une «ponction» de 39,6 millions FCFA opérée sur les allocations destinées à certaines structures, au profit de la Maison de la Presse. Une réaffectation jugée opaque, en l’absence de base réglementaire claire.
Pour le CDEPS, ces pratiques soulèvent des interrogations sérieuses sur la conformité du dispositif aux principes de transparence et de bonne gouvernance.
Une presse privée fragilisée
Face à ces allocations jugées déséquilibrées, la presse privée apparaît comme la grande perdante. Sur les 1,9 milliard FCFA, seulement 36,1 %, soit environ 686 millions FCFA, lui auraient été attribués. Une enveloppe répartie entre 38 entreprises, dans un contexte déjà marqué par la chute des revenus publicitaires et la raréfaction des conventions avec l’État.
Le CDEPS souligne également que le fonds est resté «bloqué illégalement pendant une année», aggravant la précarité financière du secteur.
Un appel à la transparence et à la réforme
Face à cette situation, l’organisation patronale de la presse ne se contente pas de dénoncer. Elle formule une série d’exigences claires : publication intégrale des bénéficiaires du FADP, clarification des critères d’attribution, ouverture d’un audit indépendant et réforme en profondeur du mécanisme de répartition.
Mais au-delà des chiffres, c’est un principe fondamental qui est en jeu, insiste le CDEPS : la liberté de la presse.
«En fragilisant économiquement les entreprises de presse, tout en exerçant des pressions sur les journalistes, c’est l’équilibre de l’espace démocratique qui est menacé», alerte l’organisation.
Dans un climat déjà tendu, la convocation d’Ibrahima Lissa Faye apparaît ainsi comme un test pour l’état de la liberté d’expression au Sénégal. Pour le CDEPS, une ligne rouge est en train d’être franchie.
