39e Sommet UA / Addis-Abeba verrouille le jeu : le dossier de la candidature africaine à l’ONU renvoyé au conclave des Présidents

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À la clôture du 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, les chefs d’État auraient opté pour une visioconférence exclusive afin de trancher la question sensible de la candidature africaine à l’ONU. Un huis clos présidentiel qui change la donne diplomatique et place le Président Bassirou Diomaye Faye en première ligne.

La décision n’a pas été proclamée à la tribune, mais elle circule déjà dans les couloirs feutrés du sommet. Alors que s’achève le 39e rendez-vous de l’Union africaine, une orientation stratégique se dessine : la question de la candidature africaine aux Nations unies sera tranchée ultérieurement, lors d’une visioconférence réservée aux seuls chefs d’État.

Un format restreint, sans ministres ni chefs de gouvernement non membres de la Conférence, qui en dit long sur la sensibilité du dossier.

À Addis-Abeba, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a défendu la position de Dakar. Mais la subtilité institutionnelle de l’UA est implacable : la Conférence des chefs d’État et de gouvernement demeure l’organe suprême de décision. Dans les régimes parlementaires, à l’image de l’Éthiopie, le Premier ministre incarne l’autorité exécutive suprême. Dans les régimes présidentiels comme le Sénégal, en revanche, le Premier ministre reste un collaborateur du Président, non un pair institutionnel au sein de ce cénacle continental.

En optant pour un huis clos virtuel entre Présidents, l’UA déplace le centre de gravité. Le débat quitte le terrain gouvernemental pour entrer dans celui de la haute diplomatie présidentielle. C’est désormais un face-à-face entre pairs, un espace où la solidarité des chefs d’État, les équilibres géopolitiques et la « raison d’État » continentale pèsent davantage que les arbitrages internes.

Pour le Président Bassirou Diomaye Faye, l’enjeu est majeur. Il se retrouvera seul autour de la table virtuelle, face à ses homologues africains. La question de soutenir ou non une candidature précise – en l’occurrence celle de l’ancien Président Macky Sall – ne relèvera plus d’un débat gouvernemental sénégalais, mais d’une dynamique interprésidentielle.

Dans ces cercles fermés, les logiques diffèrent. Les alliances se nouent dans la discrétion, les engagements se prennent au nom de la stabilité régionale et de la crédibilité africaine sur la scène mondiale. Le vote, s’il intervient, sera moins technique que politique.

Addis-Abeba aura donc accouché d’un report stratégique plutôt que d’un arbitrage public. Mais ce report n’est pas un recul : c’est un déplacement du champ de bataille diplomatique.

La prochaine visioconférence des chefs d’État pourrait ainsi devenir l’instant décisif où se jouera, loin des caméras et des déclarations officielles, la voix que l’Afrique choisira de porter à New York.

 

Abdou Latif NDIAYE

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